Le partenariat tuniso-européen. Sous un vernis philanthropique se cache un projet impérialiste.

Le partenariat tuniso-européen.

Sous un vernis philanthropique se cache un projet impérialiste.

 

La Tunisie est liée depuis 1995 à l'Union européenne par un accord dit d'association (ou bien accord de partenariat). Cet accord n'est pas un simple contrat de coopération, c'est un traité global. Il est comparable, à plusieurs égards, au "Traité de Bardo" de 1881 par lequel la France officialisa sa domination colonialiste sur la Tunisie. En signant l'Accord d'association, le pouvoir local a mis le sort de la Tunisie entre les mains des représentants des marchands et des spéculateurs des grandes métropoles.

 

Un drôle de partenariat !

Un consortium de 15 états puissants lancés dans la course pour la domination mondiale, face à un état post-colonial empêtré dans une situation de blocage socio-économique. Voilà ce que les porte-parole des marchands et des spéculateurs veulent nous faire avaler comme étant un partenariat offrant une réelle issue à l'arriération et à la domination. De la pure mystification qui ne résiste pas à l'analyse objective des faits. D'ailleurs, le Traité du Bardo parlait aussi d'une mission civilisatrice et d'une offre généreuse de développement et de modernité…

 

·         Une Union européenne avec des visées hégémoniques…

En 1995, l'Europe libérale lance une vaste offensive vers les pays des deux rives sud et ouest de la Méditerranée, dans le but de les intégrer, en tant que périphéries dominées, dans une vaste zone de libre échange avant l'an 2012. L'Union européenne prétend agir ainsi pour la "prospérité", "la paix et la stabilité" dans le bassin méditerranéen. Pour y arriver, le Partenarial Euro-méditerranéen prétend aussi qu'il n'y a qu'une seule voie possible ; la dictature des marchés. Selon un expert européen[1] : "la totalité du processus est compatible avec l'OMC. Il n'y a guère d'autres possibilités si un pays veut participer au jeu économique global". Autrement dit, le Partenarial Euro-méditerranéen, se propose d'achever, pour le compte des multinationales et le capital financier européen, la détestable tâche des Programmes d'ajustement structurel (PAS).

·         Face à une Tunisie dont l'économie est en panne

Le pouvoir tunisien, non satisfait d'avoir gaspillé quatre décennies dans une prétendue "lutte contre le sous-développement" qui plus est, a fini dans l'impasse totale, livre la Tunisie aux représentants du capital européen qui leur sert de laboratoire grandeur nature pour leurs expériences malveillantes et pour satisfaire les appétits insatiables de ce capital.

En effet, c'est en juillet 1995 que l'Accord d'association fut signé dans le secret, quatre mois avant l'ouverture du sommet de Barcelone qui a donné le coup d'envoie à ce qui va désormais s'appeler le processus de Barcelone.

 

Quelques retombées économiques de l'Accord d'association

En Tunisie, l'information concernant cet accord inégal n'a pas dépassé les hautes sphères du pouvoir. Ainsi, les premiers intéressés, les Tunisiens, étaient tenus à l'écart.

La constitution de RAID (Attac Tunisie) en 1999 et l'expertise citoyenne qu'elle a développée depuis, ont permis de lever une petite partie du voile qui cache cette politique ultra-libérale dont on commence à peine à mesurer les terribles conséquences économiques, politiques et sociales sur le pays tout entier. Les résultats de ce travail qui se déroule dans des conditions extrêmement pénibles, notamment à cause de la répression, sont encore assez maigres mais le peu dont nous disposons est assez éloquent.

L'Accord d'association est entré en vigueur en mars 1998. Mais, le pouvoir tunisien n'a pas attendu cette date pour se lancer dans l'aventure, puisqu'il a commencé à l'appliquer dès le 01 janvier 1996. Du côté de l'Union européenne l'accord devait attendre d'être présenté aux 15 parlements nationaux pour ratification, mais du côté tunisien le parlement n'est qu'une simple procédure formelle. En fait, l'Union européenne cherchait surtout, par la conclusion précipitée de cet accord, à avoir un argument de plus, lors du sommet de Barcelone, face aux états récalcitrants du sud encore hésitants à se lancer dans l'aventure euro-méditerranéenne à l'instar de l'Algérie ou de la Syrie.

La signature de l'accord a fourni des arguments décisifs aux chantres du tout libéralisme en Tunisie. D'autant plus que la thérapie de choc libérale, appliquée depuis 1986, dans le cadre du PAS, n'a pas réussit à débloquer de façon décisive la situation économique de la Tunisie. De plus, l'entrée en vigueur de l'accord a donné un coup de fouet au processus de destruction structurelle de la société tunisienne.

L'observation de la progression du programme de privatisations en est l'illustration la plus éclatante. En effet, entre 1987 et 1996, 81 entreprises ont été privatisées pour le prix de 316 millions de Dinars (MD) ; soit un rythme moyen de 8 entreprises par an pour une valeur moyenne de 3,9 MD par entreprise. Entre 1997 et 2000, 66 entreprises ont été privatisées pour le prix de 1090 MD (16,5 entreprises par an en moyenne) pour un prix moyen de 16,5 MD par entreprise.

Le programme qui a été annoncé pour l'année en cours est assez impressionnant : 41 entreprises sont proposées à la vente pour une valeur estimée à 1847 MD contre 1340 MD de recette réalisée depuis le lancement du programme en 1987. Par ailleurs, la part du capital étranger, presque exclusivement européen, dans ces ventes s'élève à 67%

Il n'est pas difficile de constater que cet accord ne manque pas d'intérêts pour le capital européen, même si les enjeux ne sont pas décisifs pour lui, loin s'en faillent. Toujours est-il qu'il est en train de se tailler la part belle du gâteau tunisien. Le capital français d'abord ; en tant que premier investisseur en Tunisie avec 30,6 % de parts d'investissement et un stock de capital de l'ordre de 3,2 milliards de francs, et environ 400 filiales d'entreprises françaises en Tunisie, celui-ci fait de bonnes affaires. Il a même du confectionner son propre ABI (Accord bilatéral su l'investissement) avec le gouvernement tunisien. Cet accord, conclut en octobre 1997, garanti aux investisseurs français le bénéfice d'une "protection et d'une sécurité pleines et entières", et l'article 5 de l'accord proscrit les mesures d'expropriation ou de nationalisation.

Les autres pays de l'Union ne sont pas du reste ; il s'agit tout particulièrement du Portugal dont deux sociétés CIMPOR et SECIL, se sont portées acquéreuses, à la faveur de la présidence de ce pays de l'Union européenne, des deux plus grandes cimenteries tunisiennes (SCJO et SCG). Deux autres cimenteries, la société "Ciment d'Enfidha" et la société "Ciments artificiels de Tunisie", ont été respectivement achetées par l'Espagnole UNILAND et l'Italienne COLACEM.

Autre forme de privatisation, la formule de la concession a été introduite récemment en Tunisie, elle touche les activités de construction d'autoroutes, de dessalement d'eau, le traitement des eaux usées et surtout la production d'électricité (depuis 1997). Dans ce domaine, nous trouvons là encore des entreprises européennes tel que le groupe français CEGELEC[2]. En dehors de la zone européenne, nous pouvons signaler la progression de l'investissement américain dont la part dans l'investissement étranger s'est élevé à 17%. Par ailleurs, les investissements en provenance des pays arabes se concentrent surtout dans les secteurs de la banque et du tourisme.

Voici ce que dit un rapport de "la commission des affaires étrangères" au sénat français (n° 419 session ordinaire 1997-1998) à propos des effets de la libéralisation sur l'économie tunisienne :

-          "… Il n'est pas exclu que, dans un premier temps, la confrontation de l'appareil productif tunisien à la concurrence industrielle de l'Europe conduise à la disparition d'un tiers des entreprises du secteur manufacturier…" Et d'ajouter qu'un autre tiers est menacé de disparaître à moins de fournir "un effort d'adaptation substantiel". Rien moins que les 2/3 du tissu industriel local qui sont promus à la casse ! Sacrés flambeurs ces libéraux…

-          "Dans l'immédiat, l'augmentation inéluctable des importations ne sera pas compensée par une augmentation proportionnelle des exportations, d'où une dégradation probable de la balance commerciale"

-          "Dans la même logique, la perte d'une part non négligeable des droits et taxes à l'importation, qui constituent près de 18% des recettes fiscales tunisiennes, créera un manque à gagner non négligeable pour le budget tunisien…"

L'illusion des "bonnes performances" que nourrit la propagande officielle en Tunisie cache mal les difficultés économiques grandissantes sans parler des difficultés sociales qui seraient, selon toute vraisemblance, alarmantes. Plusieurs indices témoignent de ces difficultés sociales grandissantes ; l'explosion du chômage des jeunes (le pouvoir vient de mettre en place un fonds spécial -fonds 21.21- qui prétend vouloir y faire face) et surtout le chômage des jeunes diplômés, l'explosion du travail informel avec toutes ses ramifications "légales" et souterraines, sans parler de la dégradation perceptible des services de la santé publique et de l'enseignement du fait de la politique de désengagement de l'état et du report d'une part croissante de leurs coûts à la charge des citoyens. Mais, à croire le gouvernement, la Tunisie est en train, au contraire, de résoudre définitivement tous ces problèmes sociaux ! Eh oui ! D'après lui, notre pays compte la plus faible proportion de pauvres au monde ; seulement 6% de l'ensemble de la population !

L'accélération du processus libéral se constate aussi au niveau du secteur agricole qui a été touché par l'Accord de 1995. Mais une étape importante dans la libéralisation des échanges agricoles entre la Tunisie et l'Union européenne vient d'être franchie le 25 décembre 2000 avec la signature d'un accord complémentaire.

Ce second accord porte sur l'allégement des droits de douanes et l'assouplissement du régime des quotas sur les produits agricoles circulant entre les deux parties.

Les principales mesures, côté tunisien, concernent notamment l'augmentation de 21,7% du quota de l'huile d'olive sur cinq ans, et de 12% pour les agrumes.

Dans le même temps, l'Accord reconduit les faveurs accordées aux agriculteurs de l'Union européenne, notamment les producteurs de viandes bovines (8000 tonnes) et de lait (9700 tonnes). De même qu'il reconduit en les renforçant, les avantages accordés entre autres aux producteurs d'huiles végétales (100.000 tonnes avec droit 0% en 2005) et de céréales (1/2 million de tonnes de céréales avec des droits de douanes variant entre un taux de 0% et 20%). Ce contingent céréalier représente tout de même le 1/4 de la production locale en 1999.

Ce sont notamment les petits producteurs qui risquent fort bien de faire les frais d'une telle politique. L'écart au niveau de la productivité est évident : les rendements pour le blé tendre tunisien ont oscillé durant les dix dernières années entre 4,3 quintaux par hectare (Q/ha) et 18,6 Q/ha. Les rendements de l'orge, autre céréale visée par la libéralisation des échanges, ont fluctué durant la même période entre 2,1 Q/ha puis de 11,5 Q/ha. Nous sommes bien loin des 50 Q/ha (voire même beaucoup plus) que réalisent les agricultures européennes.

La différence notable des rendements se traduit par des écarts importants au niveau des prix en faveur des producteurs européens. En effet, les prix moyens d'importations pour l'orge et surtout pour le blé tendre sont largement en dessous des prix à la production en Tunisie. Pour 1999, le prix local de la tonne de blé tendre a été de 250 dinars tandis que celui de la tonne importée était de 113,1 dollars (à peu près 136 dinars), tandis que pour l'orge ces prix ont été respectivement de 170 dinars pour la tonne locale et 90,2 dollars (108 dinars) pour celle importée.

Qui va faire les frais de cette libéralisation agricole imposée par l'Union européenne et acceptée par un pouvoir local qui a faillit dans son prétendu projet national de développement et qui non seulement évoque la sacro-sainte fatalité du libéralisme triomphant pour expliquer sa soumission, mais aussi trouve le moyen d'en être fier ?

Il est certain que les petits producteurs céréaliers tunisiens, qui constituent l'écrasante majorité du secteur des céréalicultures, ne pourront pas tenir tête longtemps face à la concurrence des céréales européennes. La ruine de bon nombre d'entre eux paraît inéluctable ! La concurrence des céréales européenne risque aussi d'être fatale pour les régions de céréaliculture vivrière des zones arides et semi-arides  qui ne peuvent, elles aussi, relever le défi de cette concurrence écrasante.

Face à une libéralisation des échanges agricoles, les faibles rendements du secteur agricole céréalier posent problème. Dans la logique libérale, la solution est apportée par le marché ! Autrement dit, une grande partie de ce secteur est réellement condamnée. C'est la conception libérale du développement… durable !

Le modèle d'agriculture industrielle telle qu'il se développe au Nord est un modèle de destruction de la paysannerie. En lui permettant de s'imposer chez nous il risque de faire des ravages dans le monde paysan en transformant des régions entières en déserts humains et en portant de graves atteintes aux équilibres environnementaux.

En somme, cet accord de libre échange agricole avec l'Union européenne n'augure rien de bon pour l'agriculture tunisienne. Comment en effet peut-il en être autrement alors que celui-ci vise à mettre une agriculture sous-développée en confrontation directe avec les agricultures développées et unies des 15 pays de l'Union européenne ? Que peut-on espérer d'une concurrence aussi déséquilibrée ?

Bien sûr, les négociateurs tunisiens ont obtenu une maigre consolation sur le quota de l'huile d'olive et les agrumes ainsi qu'une franchise totale sur les dattes. L'agriculture tunisienne devra désormais faire face aussi à l'agressivité commerciale agricole européenne pour des produits stratégiques tels que la viande, le lait, les céréales ou les fruits. Plusieurs secteurs agricoles tunisiens risquent vite de laisser leur peau dans cette lutte à armes inégales. Que pensent les éleveurs de bétail, notamment les petits et les moyens d'entre eux, de la libéralisation rampante de viande de bœuf ? Quel est l'avis des milliers de paysans pauvres dont le sort dépend des cultures d'orge et de blé, des réductions, voire des exonérations, des droits de douane (de 0 à 17%) d'un contingent de 508.000 t de céréales ? Peut-être trouveront-ils une consolation dans les 10.000 tonnes d'huile d'olive que les oléiculteurs ont obtenu grâce à cet accord ?

Il est clair que l'accord soutient les produits agricoles destinés à l'exportation, contre ceux qui sont destinés au marché local, sous prétexte de créer un effet d'entraînement pour tout le secteur agricole. Mais une telle politique ne risque-t-elle pas, au contraire, d'engendrer des écroulements en chaîne des activités agricoles tunisiennes ?

Il est par ailleurs certain que l'accord agricole cherche à attirer les investissements agricoles européens en Tunisie, spécialement dans la production des primeurs. Ce qui revient à vouloir transformer les meilleures terres agricoles tunisiennes en jardin potager produisant pour le marché européen et entièrement contrôlé par lui.

Les inquiétudes légitimes, que soulève cet accord en Tunisie, ne se limitent pas à la sphère agricole, ils concernent tous les aspects de la vie économique et sociale. Parmi eux, nous pouvons citer les retombées éventuelles de l'accord sur la santé publique. Face aux facilités douanières accordées aux producteurs européens de viande de bœuf, qu'elles sont les garanties sanitaires pour le consommateur tunisien, tout en sachant que des deux côtés de la chaîne les acteurs sont, libéralisme oblige, des intérêts privés ? Cela pose la question de la transparence à tous les niveaux des circuits d'approvisionnement, de l'indépendance des organismes de contrôle de la qualité, et surtout, la possibilité réelle pour les citoyens tunisiens de créer des associations de consommateurs réellement indépendantes. La collusion entre certains services de l'Etat et des intérêts privés, l'absence totale de transparence et la négation des libertés publiques ne laissent rien présager de bon pour le consommateur tunisien.

 

L'Accord d'association un appui politique majeur au régime de Ben Ali

La conclusion de l'Accord d'association en 1995 est intervenue à un moment décisif dans l'évolution du régime de Ben Ali. En effet, la thérapie libérale appliquée jusque là n'avait pas aidé l'économie tunisienne à sortir de façon décisive de la crise de la moitié des années 80'. L'économie traîne le pas c'est ce que trahissent des taux de croissance du PIB assez médiocres : 2,2% (1993), 3,3% (1994) et 2,4 (1995). Dans le même temps, le poids de la dette extérieure ne cesse de s'alourdir, tandis que les investisseurs étrangers rechignent à investir en Tunisie malgré le nombre impressionnant d'avantages et autres concessions.

Par ailleurs, le pouvoir de Ben Ali, profitant de la défaite rapide et sans appel de l'armée de Saddam Hussein et de l'impact psychologique négatif que cela a produit dans les rangs des Tunisiens, a entrepris une vaste campagne de répression contre son principal adversaire politique ; le mouvement séléfiste "Ennahdha". Cette répression a été étendue assez rapidement pour toucher toute l'opposition sans distinction. Cette vague répressive a été aussi grandement facilité par les événements tragiques que connaissait l'Algérie voisine.

En 1995, l'échec de Ben Ali était donc double : une économie en rade malgré la lourde facture sociale et une répression terrible qui fait tomber le masque démocratique avec lequel Ben Ali est apparu après son coup d'état de 1987.

On comprend dés lors l'importance de la signature de l'Accord d'association qui intervient à un moment critique afin de garantir la stabilité du régime. Le soutien politique que l'Union européenne continue de fournir au régime de Ben Ali est toujours aussi fort même si Ben Ali n'a plus les mains aussi libre qu'auparavant pour réprimer à sa guise au moment où la nature répressive, voire même dictatoriale, du régime commence à apparaître au grand jour.

L'Union européenne doit cesser sa politique hostile à l'égard du peuple tunisien. Nous refusons d'être sacrifiés sur l'autel des intérêts des marchands et des spéculateurs. Le renouveau que connaît la lutte démocratique en Tunisie depuis deux ans et la détermination et le courage dont font preuves les militantes et les militants de la liberté et de la dignité sont les plus solides garants pour un avenir meilleur pour la Tunisie.

Déjà l'action de RAID (Attac Tunisie) couplée avec celle d'Attac Rhône et relayée par des dizaines d'associations du pourtour méditerranéen a posé, lors de l'Autre sommet de Marseille, en novembre dernier, la question de la légitimité du processus de Barcelone tout en posant les premiers jalons d'une vraie alternative de coopération solidaire et démocratique entre les divers peuples de la Méditerranée.

 

25 août 2001

Fathi CHAMKHI

Porte-parole de RAID (Attac Tunisie)

 


 

[1]Lors de la Conférence Euro-Méditerranéenne sur l'Investissement qui s'est tenue à Lisbonne du 28-2 au 1.3.2000

[2] centrale électrique à Sousse pour un investissement de 260 millions de francs et le montage de postes à haute tension pour un investissement de 90 millions de francs