RAID (Attac Tunisie)au cœur de la contestation sociale internationale !

RAID (Attac Tunisie)

au cœur de la contestation sociale internationale !

 

Face au sommet des G8, une formidable mobilisation citoyenne s'est rassemblée à Gènes (19-21 juillet 2001) pour clamer haut et fort son refus de la mondialisation libérale et sa logique de profit maximum qui porte gravement atteinte à la société humaine et à la nature et aggrave, tout particulièrement, les conditions de vie de cinq milliards d'êtres humains dans les pays du Sud.

La contestation anti-mondialisation libérale née il y a un peu plus de 2 ans à Seatles (Etats-Unis), a pris à Gênes la forme et l'ampleur d'un véritable front unique international contre la mondialisation capitaliste. En effet, ont pris part au Genoa Social Forum 2001 (GSF) un large éventail d'associations, Ong, syndicats et groupes politiques et thématiques représentant le mouvement démocratique et surtout la gauche européenne et mondiale.

Une autre caractéristique du GSF, pleine de significations elle aussi, est celle de la très forte participation jeune : plus de 80 % des manifestants ont moins de 30 ans. Un véritable "Mai 68 mondial" en quelque sorte!

Pour pouvoir se réunir, en passant outre cette contestation massive, le G8 a mis la ville de Gênes en état de siège et a répondu au GSF par une violence préméditée et brutale ; allant même jusqu'à l'assassinat ! L'illégitimité de ce "gouvernement mondial" complotant dans le secret contre les intérêts vitaux de l'écrasante majorité de l'humanité pour le compte des Entreprises transnationales et des puissances financières, a été démontrée une nouvelle fois à Gênes.

Le RAID Attac Tunisie, qui fait partie depuis sa création en 1999 du réseau international Attac, à été présente à Gènes au sein du GSF. Elle a été, lors des manifestations, le porte voix de la résistance sociale dans le Sud. Plus particulièrement, nous nous sentions investis de la mission de représentation de tous les combats démocratiques et sociaux dans les pays arabes et notamment en Tunisie.

 

Nous étions 2; ils étaient 300.000 !

 

Le "Mouvement international Attac" (le réseau constitué par les différents Attac nationaux) est une composante essentielle du GSF. Tout particulièrement, Attac Italie, qui s'est constituée très récemment, a fait le baptême du feu de façon remarquable à Gênes.

La délégation de RAID (Attac Tunisie) composée de deux militants était, à notre connaissance, l'unique représentation arabe dans le GSF. Notre banderole, que nous avons porté dans toutes les manifestations en tête de cortège, portait la transcription en arabe des mots d'ordres suivants : "Non aux privatisations et aux licenciements. Oui aux droits sociaux et aux libertés". D'autres mots d'ordre exprimant les revendications des citoyen-ne-s du Sud (dette, échange équitable, coopération, autodétermination, libertés démocratiques, besoins humains fondamentaux..) étaient bien visibles à Gênes. Démontrant ainsi, que ce mouvement de contestation et de ré-appropriation sociale se veuille, malgré sa très forte composante nord actuelle, une réponse globale à la main mise du capital mondial sur la destinée du monde. Les visées hégémoniques et l'appétit insatiable de profits de ce capital, n'ont jamais été avérés et exprimés avec autant d'arrogance qu'à travers le phénomène de la mondialisation libérale. Les conséquences sociales, culturelles et écologiques les plus terribles de l'agression du capitalisme global, durant les deux dernières décennies, se font ressentir au Nord comme au Sud. Mais, c'est justement dans les pays arriérés et dominés du Sud qu'apparaît l'ampleur du gâchis de la mondialisation libérale. Ces pays se voient tout simplement dénier tout droit au développement et à une vie meilleure, avec en prime, une mise à disposition totale de leurs milieux naturels aux lois du marché que cache mal toute la rhétorique sur "le développement durable".

Le GSF a été sans conteste, dans une large mesure, une manifestation de contestation et de revendication des forces sociales et des mouvements citoyens des pays capitalistes dominants. Mais, cela n'a pas empêcher le GSF de se faire l'écho des préoccupations et des attentes des peuples du Sud. Le GSF a même confirmer le fait que celles-ci sont devenues des données incontournables dans la lutte sociale qui se développe à l'échelle de la planète depuis Seatles.

Cela ne dispense pas pour autant la résistance à l'agression capitaliste libérale dans les pays du Sud, et surtout dans les pays arabes, de la nécessité historique, voire vitale, d'une plus grande mobilisation et davantage d'engagement militant dans les réseaux citoyens internationaux.

Il est clair que cette lame de fond sociale est en train de devenir une donnée essentielle dans la recherche d'alternatives collectives à la globalisation libérale. Il est important pour nous de comprendre le sens et la signification de ces mouvements de résistance et de luttes qui sont en train de se mettre en place au niveau internationale. L'agression néo-libérale globalisée est en train de susciter une résistance globalisée. Le combat de RAID (Attac Tunisie) procède de la nécessité objective de cette globalisation des luttes, de même que de l'exigence pour les peuples du Sud de prendre une part active dans le combat global afin d'y représenter, de défendre et de faire aboutir les revendications et les aspirations qui leurs sont propres.

C'est à nous de mener nos propres combats. La victoire n'a de sens qu'à travers le rejet conscient de l'ordre établit et l'action collective que nécessite son dépassement. Notre engagement dans le mouvement international renaissant est une condition incontournable pour toutes les luttes d'émancipation actuelles.

Face au sommet du G8 s'est donc mobilisée une contestation sociale d'une ampleur jamais égalée. Véritable déferlante sociale, la mobilisation citoyenne, qui a pris naissance à Seatle en novembre 1999, vient d'atteindre à Gênes des proportions énormes pour montrer de façon éclatante l'illégitimité de ce "gouvernement mondial".

 

Le GSF, une véritable déferlante sociale

 

Retranché au cœur de la vieille ville de Gênes et encerclé par un formidable mouvement citoyen international, le sommet du G8 n'a pu avoir lieu qu'après s'être cuirassé par une ceinture murale en fer, haute de quelques mètres(véritable "mur de la honte") et par des dizaines de milliers de policiers anti-émeutes et de soldats. L'agressivité et la brutalité étaient bel et bien à Gênes du côté du sommet du G8. Celui-ci, se dressait avec arrogance non seulement face à des centaines de milliers de manifestant mobilisés à l'occasion, mais aussi face à l'écrasante majorité des citoyen-ne-s et des peuples du monde, en un véritable "gouvernement mondial" dans lequel les Etats-Unis dominent largement. Une sorte de comité d'administration de la "world compagnie", celle des entreprises transnationales et des groupes financiers mondiaux qui pillent la planète.

Plus particulièrement, cette brochette de chefs d'états super puissants, s'étaient réunie à Gênes pour discuter du problème du réchauffement climatique (protocole de Kyoto), de la lutte contre la pauvreté (sic..), de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, de défense militaire (traité anti-missile balistique -ABM-), de la situation dans les Balkans, l'Afrique et notamment au Proche-orient. Bien entendu, ces thèmes cruciaux ne sont abordés, au sein du sommet officiel, que du point des intérêts de la "world compagnie", à savoir les intérêts du capital mondial.

En face, le Forum social mondial a choisi comme thème de contestation celui de la libre circulation des femmes et des hommes et, tout particulièrement, la question des "sans papiers" en Europe, de la défense des droits des travailleurs contre les grands groupes mondiaux, de même que les droits politiques d'expression et de manifestation.

Les trois journées de manifestations (19, 20 et 21 juillet 2001) ont été préparées, pendant plus de six mois, par plus de 600 organisations regroupées au sein du GSF. Ces différentes composantes se reconnaissent derrière un même slogan : «l'union dans la différence»

La manifestation du jeudi 19 juillet a été consacré aux migrants "Corteo internationale dei migranti". Le cortège, fort d'une cinquantaine de milliers de manifestant-e-s a débuté Piazza Sarzano, à quelques dizaines de mètre de la "Zona Rossa" (lieu de retranchement du sommet du G8). Toutes et tous scandaient à l'unisson "siamo tutti clandestini!". La manifestation s'est dispersée, deux heures plus tard, dans le calme au niveau de la Piazza G. Ferraris.

La journée du 20 juillet fut marquée par le siège du G8. Des actions en grande partie pacifiques, ont été organisées par les différents participants au GSF[1].

Par la flanc ouest de la vieille ville de Gênes -initialement interdite et bouclée complètement- est arrivé un cortège organisé par la CUB (Comité Unitaire de Base) et SLAI-COBAS (un autre syndicat de base). Deux syndicats de base qui, qui depuis dix ans, ne se reconnaissent pas dans les politiques des grandes confédérations syndicales italiennes.

Au nord de la zone rouge, dans le centre historique Gênes, plusieurs initiatives ont été organisées par des groupes pacifistes comme Rete Lilliput (un réseau de comités locaux qui fait un travail d'éducation populaire sur l'écologie, le Tiers Monde, la « consommation critique », etc.), Manitese (une ONG engagée dans les campagnes de la dette, de la Taxe Tobin, du développement local et durable.), les groupes de réflexion catholiques et Legambiente (une grande association écologiste italienne). Ces actions ont pris la forme de stands sur la dette écologique et des sit-in de protestation.

A partir du Nord-Est de la ville, les Tute Bianche, se sont dirigés vers la zone rouge qu'ils ont essayé d'envahir de façon pacifique mais déterminée. Ces Tute Bianche sont composés de différents groupes locaux ou centres sociaux (qui sont des centres politiques et culturels occupés et autogérés par les militants ; dans les années 80. Ils ont représenté en Italie la plus importante forme de résistance et d'«antagonisme» dans la plupart des grandes villes). Très connus pour leur organisation dans les manifestations dans lesquelles ils utilisent une protection physique (casques, boucliers en plastique, chambre à air de tracteurs gonflés.) qui leur permet de pousser ("push") les barricades érigées devant les zones interdites (et les policiers placés devant), ils sont souvent le sujet des discussions et sont désignés notamment par la presse comme l'aile dure du mouvement ! Dans la manifestation du 20, ils ont accepté les règles de comportement du Global social forum qui obligent tous les groupes et chaque manifestant(e) de ne s'en prendre ni aux biens, ni aux personnes (aucun objet offensif ne sera toléré). Les Giovanni Comunisti (les jeunes communistes de Rifondazione), la LCR (Ligue communiste révolutionnaire) et les JCR (Jeunesses communistes révolutinnaires) se sont joints à eux.

A l'Est, la confédération COBAS (un des plus grands syndicats de base italiens) et le réseau pour les droits globaux (« Network per idiritti globali », centres sociaux et autres groupes anti-impérialistes) partiront pour des actions démonstratives devant la zone rouge. 

Au Sud de la ville, un grand cortège composé des différentes délégations internationales d'ATTAC (parmi elles celle de RAID), des groupes anglais de Globalize Resistance, Rifondazione, Arci (une association culturelle très importante depuis 50 ans) s'est rassemblé à la Piazza Dante, pour une invasion symbolique et aérienne de la zone rouge avec musique, groupes artistiques et des milliers de ballons gonflables qui réclameront de «dégonfler le G8 » !

Ces différentes composantes du GSF n'étaient pas les seules à manifester contre le G8. Divers groupes des "Black Blocs", bien décider à en découdre à tout prix avec la police et qui, dès 11 heures, suscitent les premiers affrontements en essayant d'y impliquer, malgré leur volonté, les diverses composantes du GSF. Prétextant l'action des "Black Blocs", la police s'est livrée à des charges d'une violence extrême, à des exactions inouïes : tirs de grenades lacrymogènes à bout portant, utilisation de balles en caoutchouc, charges avec des véhicules blindés, tabassages massifs avec des centaines de blessés et des dizaines d'arrestations, et enfin l'assassinat du jeune Carlo Giuliani (23 ans), tué de deux balles dans la tête et écrasé ensuite par le véhicule de la policie. Tous les cortèges, sans exception, même les plus pacifiques comme celui des Lillliput, sont l'objet d'une répression sans discernement. Nous avons été, dans le cortège du Mouvement international Attac, chargés par une voiture blindée surmontée d'un canon à eau. Des milliers de manifestant ont été ainsi arrosés d'une eau mélangée à un produit irritant !

L'autre temps fort de ce gigantesque GSF a été la manifestation de la journée de samedi 21. Elle a réunit près de 300 mille militantes et militants venus pour la plupart de toute l'Europe, mais aussi des quatre coins du monde. Exception de taille, les Arabes furent quasi absents durant les trois jours de la mobilisation. Pourtant,  les questions économiques, sociales et politiques fondamentales qui les préoccupent  étaient posées ; notamment la question palestinienne. Tous les thèmes relatifs à la globalisation économique, aux libertés démocratiques et aux droits des peuples à disposer d'eux-mêmes auraient certainement gagné en richesse et en pertinence si le mouvement social arabe avait pris part à grand moment de lutte citoyenne globale. Nous aurions certainement pu profiter de cette tribune formidable, pour faire connaître nos propres préoccupations et revendications.

Le souvenir de Carlo Giuliani était présent dans toutes les mémoires. Les manifestant-e-s, extrêmement déterminés, avaient fixé un brassard noir autour du bras en signe de deuil.

Le départ de la manifestation a été prévu pour 14 h, mais elle partira finalement une heure et demi plutôt. En effet, vers midi, la Piazza Sturla, lieu prévue pour le départ de la "Corteo internazionale di masssa", était bondée de monde et tout en couleur, grâce à une foule aussi immense qu'inattendue. Les organisateurs ne pouvant contenir assez longtemps ce raz de marée citoyen, le cortège s'est finalement ébranlé, vers midi et demi, direction Piazza G. Ferraris en passant par via Caprera, via F. Cavallotti, Corso Italia, Corso Torino et Corso Sardegna beaucoup plus au nord, à quelques kilomètres du lieu de départ de la manifestation.

Une nouvelle fois, les forces de police, vilipendées au passage par les cris unanimes de centaines de milliers de manifestant-e-s de "assasine", sont intervenues très violemment, en essayant de casser le cortèges en plusieurs endroits. Mais, le point culminant de cette répression était atteint au cours de la décente hyper musclée effectuée par les forces de police la nuit du samedi 21 dans le Media Center et l'école Diaz. Toutes celles et ceux qui étaient sur place ont été matraqués, frappés, arrêtés. Le matériel est saccagé, les disques durs des ordinateurs saisis. La raison de cette intervention semble bien être la recherche de photos et d'une vidéo établissant l'infiltration de certains groupes du "Blach Bloc" par les flics, et non la recherche d'armes comme indiqué officiellement.

 

Une répression aussi prémédité que violente

 

La répression exercée par les forces de la police italienne était bel et bien une répression préméditée et d'une violence extrême. Les actes les plus graves, les plus violants, des forces de police ne sont pas le produit de dérapages mais d'une volonté délibérée. La ville de Gênes était, elle aussi, placée par la police et l'armée italienne en état de siège. En plus du mur qui a transformé le centre historique de Gênes en véritable blockhaus, la plupart des commerçants ont été pressés par la police pour qu'ils ferment boutique dès mercredi.

Piero Bernochi, porte-parole des Cobas, dit juste lorsqu'il déclare que : "Après Göteborg, les autorités du monde entier ont décidé d'utiliser les nervis. (…). Alors plutôt que de parler de -Black Bloc-, parlons de Black Governement, de gouvernement noir".

De Seatle à Gênes, la police à toujours chercher à provoquer les manifestants anti-mondialisation libérale dans une stratégie visant à susciter la violence et la répression. La police cherche par l'usage de la force brutale à discréditer un mouvement citoyen pacifique, légitime et qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Déjà a Göteborg (Suède), le 15 juin dernier, la police a fait usage des armes à feux de façon prémédité contre les manifestants. A Gênes, cette agression caractérisée a conduit à l'assassinat du jeune italien Carlo Giuliani et des centaines de blessés.

La nature de droite du gouvernement Berlusconi ne peut à elle seule expliquer ce déchaînement de violence brutale. La contestation anti-mondialisation libérale commence sérieusement à faire douter ces messieurs du "Gouvernement mondial". La rue reprend ses lettres de noblesse ; elle redevient le théâtre dans lequel les citoyen-ne-s du monde entier viennent exprimer, face aux usurpateurs, profiteurs et exploiteurs de tout genre, leur désir de réinventer l'espoir et leur volonté de se réapproprier l'avenir du monde.

Le RAID (Attac Tunisie) comme l'ensemble du Mouvement international Attac a fait le choix des manifestations non violentes, mais dénonce fermement l'attitude criminelle des forces de police en Italie et présente sa solidarité aux parents et amis de Carlo Giuliani.

Cela nous convainc de plus en plus que le combat contre la mondialisation libérale est aussi un combat pour la démocratie et les libertés. En effet, dans un monde où les intérêts des citoyen-ne-s et des peuples sont de plus en plus violés et bafoués, au nom des sacro-saints intérêts du capital, il n'est pas étonnant que les administrateurs de la "World compagnie" réagissent avec un tel déchaînement de brutalité, par police interposée, face à une manifestation pacifique contre l'ordre libéral.

Partout l'on nous oppose le sacro-saint ordre marchand et l'intérêt de spéculateurs. Le 29 juin dernier, quand le sénateur italien Sandro Tomaso est venu à Tunis pour soutenir la grève de la faim de Sadri Khiari et pour assister au 1er congrès de RAID (Attac Tunisie), il a trouvé le siège de l'association sous état de siège. La police politique l'a refoulé en refusant de le laisser entrer. Le lendemain, en allant protester à l'ambassade de son pays, les responsables lui ont avoué leur impuissance en invoquant l'importance des intérêts économiques en jeux !"

 

Hypocrisie meurtrière du G8 et hégémonie américaine sur le monde

 

La quiétude des "maîtres du monde" a été troublée encore une fois par le "Mouvement social international". Le sommet du G8 n'a débouché sur rien de concret si ne n'est la conviction que désormais il faut compter avec une contestation sociale sans cesse grandissante. C'est ainsi que le prochain sommet sera perché au sommet d'une montagne canadienne. Alors que la prochaine réunion ministérielle de l'OMC se tiendra quant à elle au milieu du désert de la péninsule arabique sous la protection des Emirs du Golfe. Bien entendu, il faut bien voir dans ces décisions, des tentatives mesquines afin d'éviter de nouveaux démentis citoyens.

Le GSF a gagné sa bataille contre le secret avec lequel s'entouraient généralement les différents sommets du G8. Désormais les victimes des décisions et des mauvais coups tramés à l'abri des salons feutrés, loin des regards indiscrets, descendent par centaines de milliers dans la rue pour manifester leur refus de voir ces Messieurs décider en toute liberté de leur sort. Cela pose aussi la question de la légitimité de ce genre de sommet. C'est bien là le sens de la deuxième bataille remportée par le GSF à Gênes contre le G8.

Les résultats proprement dits du G8 sont assez significatifs de l'hypocrisie des leaders capitalistes et surtout de l'hégémonie américaine. Concernant le Protocole de Kyoto, les Etats-Unis ont bloqué tout avancée sur la question : ils s'opposent à tout objectif contraignant en matière de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Les discussions sur les A.B.M. ont été noyées dans le cadre général des discussions sur l'arsenal nucléaire.

Rien de concret non plus sur la question de la dette, malgré les larmes de crocodile que ne manquent pas de verser les administrateurs de la "World compagnie" sur le sort des pays pauvres lors des galets de charité. Mais, la raison des banquiers restant la plus forte, les décisions à ce sujet ne sont rien d'autre que tromperie, comme l'a si bien démontré Eric Toussaint le responsable du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers monde (CADTM)[2]. Le G8 a opposé un niet à la demande légitime d'annulation de la dette des pays du Tiers monde.

A propos de la question du développement économique et social, auquel aspirent plus de cinq milliards d'êtres humains, point de salut en dehors de la jungle du marché mondial ! G. Busch, le président américain, plus cynique encore, affirme que : "c'est la croissance des pays riches qui assurera le développement des pays pauvres" ! Lors du G8 de Cologne, ces messieurs avaient promis, sous la pression de la rue de consacrer 0.7% de leur PIB aux aides au développement. Depuis, aucun des pays super riches n'a tenu ses promesses.

A propos des conflits tels que celui dans les Balkans ou ceux en Afrique, là aussi rien de concret n'a été décidé. Concernant le conflit qui oppose le peuple palestinien à l'état sioniste et, plus précisément, la demande palestinienne de protection contre la répression meurtrière de l'Intifada, les assassinats de personnalités palestiniennes et toutes sortes d'exactions meurtrières commises par des noyaux terroristes sionistes jouissant d'une impunité totale auprès des autorités israéliennes rien non plus. Les Etats-Unis refusent la constitution de missions d'observateurs indépendants et impartiaux ; ils entendent renforcer le rôle de la CIA dans la gestion du conflit !

Enfin, le sommet à tout de même pris quelques décisions dont la création d'un fonds destiné à combattre le sida, la tuberculose et le paludisme. Mais les sommes affectées représentent moins que le centième des profits annuels d'une Entreprise transnationale telle que General Motors. Dans le même temps, les pays pauvres se voient toujours interdire le droit de fabriquer les médicaments génériques qui leur permettraient réellement d'endiguer les épidémies.

Le sommet du G8 a consacré une fois de plus l'hégémonie des Etats-Unis sur le monde. Dans le même temps, le choix d'un capitalisme aussi sauvage que possible reste la seule option possible que les "maîtres du monde" présentent comme étant la seule voie d'avenir pour l'humanité.

Le GSF a marqué un tournant historique dans la lutte internationale contre cette appropriation libérale du sort de l'humanité et ayant pour objectif de dégager les voies possibles vers un autre avenir ; un avenir à visage humain ! En effet, un saut qualitatif vient d'être franchi à Gênes avec la naissance d'un type nouveau de "front unique social international", un front "uni dans la diversité". La globalisation des résistances est en train de devenir non seulement une réalité tangible mais surtout une force sociale de changement et de progrès redoutable à l'échelle de la planète tout entière.

 

Notre combat; notre responsabilité

 

Notre pays, la Tunisie, est tout particulièrement concerné ; il est placé, depuis près de 15 ans, sur les premières lignes de la déstructuration libérale et de la soumission à la dictature du marché mondial.

L'appareil local de production, fortement éprouvé par l'échec de la politique de développement entreprise depuis 1956, est soumis de manière de plus en plus directe à une concurrence rude dans un marché mondial dominé par les Entreprises transnationales. Tous les palliatifs que préconisent la politique libérale (privatisation, IDE, ouverture du marché local, libéralisation des prix, flexibilité du travail..) n'ont pas permis à la Tunisie de se dégager du blocage économique et social dans laquelle elle se débat depuis la moitié des années 80'. Bien au contraire, la situation du pays n'a fait qu'empirer.

Les effets de cette subordination accrue aux intérêts du capital mondial, notamment européen, et à la logique du profit en général, sont dores et déjà gravement marqués dans le corps social et dans l'appareil économique.

Le taux de chômage officiel avoisine 16%, tandis que le sous emploi touche en réalité une proportion beaucoup plus importante de la population active en Tunisie : près de 43% des actifs tunisiens sont occupés à des activités informelles diverses.

L'ensemble des services publics est en train d'être vidé de toute substance par une privatisation rampante qui vise à instaurer partout la logique marchande, notamment ceux de la santé et de l'enseignement.

L'application, en 1998, de l'Accord d'association avec l'Union européenne a eu pour conséquence d'accélérer le processus de déstructuration libérale de toute la société.

RAID (Attac Tunisie) est née en 1999 de la double exigence locale et internationale de la nécessité de la résistance à la progression du libéralisme et de ses effets ravageurs. Aujourd'hui elle poursuit son engagement en essayant de coordonner toujours plus son travail avec les autres pays arabes, notamment les pays du Maghreb et l'Egypte. "L'autre sommet" de novembre dernier à Marseille a pu réunir cinq pays arabes, dont la Palestine, contre le projet libéral européen qui a été lancé à Barcelone en 1995 et qui vise à instaurer une domination de type néo-colonial sur les pays arabes méditerranéens. Le réseau Medbadil qui a été formé lors de ce sommet constitue l'instrument essentiel de notre action anti-mondialisation libérale au niveau du bassin méditerranéen. La construction de ce réseau, de même que sa consolidation, passent aujourd'hui par la préparation de Barcelone 5.

A une échelle plus grande, la préparation du sommet social de Beyrouth en novembre prochain contre le sommet de l'OMC prévu au Qatar sera une nouvelle étape décisive dans la construction de ce "front unique international" qui est apparu à Gênes.

Notre action au niveau local portera encore sur le secteur public avec une attention particulière pour les domaines de la santé et de l'éducation et aussi le dossier de la réforme de la sécurité sociale. Un autre secteur devra attirer toute notre attention est celui du secteur agricole qui vient d'être l'objet, tout récemment, d'un protocole d'accord avec l'Union européenne qui vise une plus grande ouverture du marché tunisien aux produits agricoles européens. Les répercussions sociales d'une telle politique seront, elles aussi, parmi nos thèmes prioritaires.

 

Fathi CHAMKHI

Porte-parole de RAID (Attac Tunisie)

Août 2001


 

[1] Les explications concernant les différentes associations italiennes sont de Claudio JAMPAGLIT, membre dirigeant d'Attac Italie et l'un des organisateurs actifs du Forum social de Gênes.

[2] Eric Toussaint "La bourse ou la vie" Edt. CADTAM, CETIM, LUC PIRE, SYLLEPSE, Bruxelles 1999