L'autre sommet

L'autre sommet

 

 

Marseille 9 -11 nov. 2000

 

 

Notre première victoire,

en Méditerranée,

sur le libéralisme

 

 

 

Rapport[1]

 


 

L'idée d'un sommet alternatif, un sommet des peuples, qu'on tiendrai au moment de la réunion du sommet officiel de Barcelone 4, est née de la réflexion commune des deux associations jumelles : Attac-Rhône (France) et RAID (Attac Tunisie). Ce pari paraissait, au printemps dernier, tout à fait difficile à tenir.

Pourtant, une première étape décisive a été franchie lors du sommet social de Genève, à la fin du mois de juin. Au cours de ce sommet, un appel, signé par une dizaine d'associations, a été lancé pour la tenue d'un sommet social méditerranéen.

Quelques mois plus tard, du 9 au 11 novembre 2000 à Marseille, "L'autre sommet" devient une réalité. Cette première victoire, que nous venons de remporter sur la mondialisation libérale en Méditerranée, n'a été possible que grâce à la coopération et au travail gigantesque fournit par les dizaines d'associations et de militant(e)s qui ont rejoint l'appel de Genève, et qui ont fait en sorte que le désir devienne réalité. Parmi ces associations il est important de citer "Méditerranées Solidaires" et "Attac Marseille" et bien entendu le Collectif marseillais "Le monde n'est pas une marchandise" qui a eu la lourde tâche d'accueillir et d'organiser "L'autre sommet".

Le RAID s'estime satisfait et heureux d'avoir été un des artisans de ce sommet historique des peuples de la Méditerranée. Notre tâche n'a pas été facile, loin de là. En effet, malgré le refus du pouvoir tunisien de reconnaître RAID et les difficultés innombrables qui en découlent, le peu de moyens humains et financiers et malgré les milles et une autres difficultés que nous avons dû affronter tout au long de notre parcours, nous avons triomphalement relevé le défi.

Tous ensemble ; associations, syndicats et organisations, du Sud et du Nord, de l'appel de Genève et du collectif marseillais, nous avons mis le premier jalon sur le chemin de la lutte des mouvements sociaux et citoyens et de la lutte des peuples en méditerranée contre la mondialisation libérale et notamment, pour une méditerranée citoyenne, démocratique, sociale, solidaire et respectueuse de l'environnement.

L'autre sommet a été la première étape dans la mobilisation des résistances et la convergence des luttes des citoyens et des peuples méditerranéens contre le libéralisme et ses effets dévastateurs en Méditerranée et tout particulièrement dans les pays du Sud. La prochaine étape vise :

§         l'élargissement de la mobilisation et l'approfondissement du travail d'expertise citoyenne du processus libéral de Barcelone et des accords d'association,

§         la transformation de la résistance des citoyens et des peuples en contre attaque contre les politiques libérales, pour la construction d'alternatives démocratiques et sociales sur la base d'un réel partenariat en Méditerranée,

§         l'insertion dans toutes les campagnes mondiales qui s'inscrivent dans le champ de nos luttes.

Une victoire a été remportée d'autres sont possibles.


 

Première étape. La dernière ligne droite.

Sensibilisation et mobilisation pour "L'autre sommet".

(26 octobre - 8 novembre 2000)

 

Cette première étape de préparation à "L'autre sommet" a débuté à Marseille le 26 octobre, et s'est terminée au Parlement européen à Bruxelles le 8 novembre 2000.

Le RAID avait la lourde responsabilité de regrouper le plus de soutien possible autour de "L'autre sommet". Soutien recherché notamment auprès des associations de citoyens, des parlementaires européens et français (pays d'accueil du sommet) membres des coordinations Attac et des militant(e)s anti-mondialisation libérale.

Les moments forts de cette première étape ont été l'intervention à la tribune des assises d'Attac à Saint Brieuc, la rencontre avec les député(e)s français à l'Assemblée Nationale, la rencontre des euro-député(e)s au Parlement Européen à Bruxelles, la rencontre avec des élu(e)s de la Communauté de Communes d'Aubagne (Bouches de Rhône) et les deux meetings publics de Marseille et le meeting de Lyon.

 

Parcours détaillé :

 

q         Marseille, 26 novembre 2000 : Débats citoyens pour la Méditerranée

 

ü      Meeting public : "La Méditerranée : état des ressources", les conséquences à moyen terme du partenariat euro-méditerranéen, les enjeux de la Conférence de novembre à Marseille. Débat animé par Fathi CHAMKHI (voir texte intégral de l'intervention en annexes), président du RAID et Stefano SQUARCINA, conseiller du groupe GUE/NGL au Parlement européen pour la politique extérieure et présidé par Marie Christine AULAS ex députée vert au Parlement européen.

ü      Interview pour l'Agence Multimédia d'Information Citoyenne (AMIC). L'AMIC est constitué uniquement de bénévoles et milite pour la construction commune d'un contre-pouvoir citoyen de l'information. (www.informationcitoyenne.org )

 

q         Saint Brieuc (Bretagne), 28 et 29 novembre 2000 : Assises d'Attac

 

ü      1ère réunion de travail ayant pour objet la préparation de la présentation des campagnes futures d'Attac ("L'autre sommet", Nice, le Forum Social Mondial..). Participant : Susan GEORGES (Vice présidente d'Attac); Emir SADER (Organisateur du Forum Social Mondial de Porto Alergre); Coordination internationale d'Attac, notamment Christophe AGUITON; Fathi CHAMKHI (RAID et représentant de "L'autre sommet").

ü      2ème réunion de travail pour la préparation de la présentation de "L'autre sommet" aux assises d'Attac. Participants : Christophe AGUITON (responsable de la "Coordination internationale d'Attac"); Jean-Luc Cipière (responsable de la "Coordination Maghreb d'Attac"); Jean-Paul GUARAGNON (Président d'Attac Marseille); Fathi CHAMKHI (RAID).

ü      Intervention à la tribune des assises d'Attac (voir texte de l'intervention en annexes)

q         Paris, 31 octobre 2000

ü      Réunion de travail et d'information sur "L'autre sommet" avec la direction de l'association "Droits Devant" (Annie POURRE, Claude AMARA, Vincent Espagne ainsi que d'autres membres de l'association) membre fondateur d'Attac.

ü      Assemblée Nationale française : La délégation de "L'autre sommet" (François DUFOUR, vice président d'Attac et secrétaire général de la confédération paysanne ; Régine TASSI, membre du CA d'Attac ; Olga OTTERO, membre du Bureau d'Attac ; Rufaida MIKDADI, Palestinian Working Women Society ; Fathi CHAMKHI, RAID) est reçue par des députés et des sénateurs français de la Coordination d'Attac.

La réunion a abordé les enjeux de "L'autre sommet", la répression dont le RAID fait l'objet (notamment la question de sa reconnaissance légale, le procès en appel ainsi que la question du refus des autorités tunisiennes de délivrer un passeport à Mohamed CHOURABI et Sadri KHIARI).

q         Marseille, 2 nov. 2000

ü      Conférence de presse (11h-13h). Marcel SIGURET (Méditerranées Solidaires), Jean-Paul GUARAGNAN (président d'Attac Marseille), Fathi CHAMKHI (RAID). En face, 12 journalistes de la presse écrite, de la radio et du Web. Le Sénateur Robert BRET était présent en signe de soutien à "L'autre sommet".

ü      Interview accordée à l'AMIC

ü      Interview accordée à un journal hebdomadaire marseillais "Le pavé".

ü      Rencontre (15h-17h) à la Mairie de Roquevanne avec des élus de la Communauté de Communes d'Aubagne. Fathi CHAMKHI et Jean-Paul GARAGNAN ont rencontré des élus d'Aubagne et des villes environnantes, des militant(e)s et la Présidente d'Attac Aubagne.

ü      Meeting au Grand Amphi de l'Université de Marseille (18h30-21h). Introduction de Jean-Paul GUARAGAN, conférence de Fathi CHAMKHI et présentation du programme de "L'autre sommet" suivis de débat.

q         Marseille 3 nov. 2000

ü      Interview accordée au journal "La Provence" de Marseille (10h-11h)

q         Lyon 3 nov. 2000

ü      1ère émission radio sur "L'autre sommet" à Radio Couleur Tempo (RCT) 15h30-16h30) - FM 99,3 Mhz

ü      2ème émission de radio sur "L'autre sommet" à Radio Trait d'Union (17h30-18h30) - FM 89,8 Mhz

ü      Meeting à Villeurbanne (20h-23h)

q         Lyon 4 - 5 nov. 2000

ü      Réunions de travail : Jean-Luc CIPIERE, Jean-Paul GUARAGNAN, Olga OTTERO, Christophe AGUITON, Fathi CHAMKHI ainsi que Bertrand, Monique et Christiane d'Attac Rhône pour la mise au point des derniers préparatifs de "L'autre sommet" : organisation, déroulement, ateliers, manifeste final, etc.

q         Lyon 6 nov. 2000

ü      Réunion de travail avec Lotfi CHENGLY d'Attac Maroc

q         Lyon 7 nov. 2000

ü      Réunion de travail avec Corinne PIGNOLET, présidente de la section d'Amnesty International de la région Rhône Alpes et Roland CALBA membre du CA d'Attac Rhône et membre de LDH. La discussion a notamment portée sur la situation légale de RAID, de la répression en Tunisie, du procès en appel, des passeports. Roland CALBA a fait part d'une proposition de constitution, à Lyon, d'un comité regroupant différentes associations et organisations ainsi que des militant(e)s, et qui aura pour tâche de soutenir le combat démocratique en Tunisie et de soutenir le mouvement démocratique en vue d'imposer des élections libres et démocratiques en 2004.

ü      Interview accordée au journal "L'Humanité"

q         Bruxelles 8 nov. 2000

ü      Rencontre au parlement européen entre une délégation du sud de "L'autre sommet" : Lotfi CHENGLY, membre de l'association des chômeurs diplômés et membre fondateur d'Attac Maroc; Fathi CHAMKHI (RAID) et Eric TOUSSAINT président du CADTM (membre fondateur d'Attac), avec une délégation de douze personnes représentant la coordination Attac au Parlement européen dont notamment François Würtz (président du groupe de la GUE au Parlement européen), Harlem DESIR (euro-député) et Yasmine BOUDJNEH (euro-députée).

La discussion a porté sur le processus de Barcelone et l'importance de "L'autre sommet" dans la recherche d'une alternative à la politique libérale. Par ailleurs, le débat s'est étendu à la situation des libertés démocratiques tant en Tunisie qu'au Maroc et au multiples difficultés que rencontre la résistance citoyenne à la mondialisation libérale.

Les membres de la coordination d'Attac au Parlement européen ont exprimé leur solidarité au RAID et à Attac Maroc qui n'ont pas encore obtenu leur reconnaissance légale. Ils ont aussi exprimé leur total soutien à "L'autre sommet" en le considérant comme étant une étape importante dans la lutte des peuples de la Méditerranée pour la réappropriation de leur propre avenir.


 

Deuxième étape : "L'autre sommet"… et l'après..

(9 - 11 novembre 2000)

 

Marseille 9 nov. 2000 : (IUFM, 63 la Canebière 13001 Marseille)

8h00 - Accueil et enregistrement des participants

9h00 - Ouverture de "L'autre sommet"

9h30 - 13h Ateliers :

q         Droits des peuples et démocratie (RAID participe à l'animation)

q         Flux migratoires

q         Eau et énergie

q         Services publics, santé, éducation (animé par RAID)

q         Privatisations, zones franches (animé par RAID)

 

Problématique proposée au débat :

Les privatisations sont un fait relativement nouveau dans les pays du sud. Elles sont apparues avec les programmes d’ajustement structurel ; durant les années 80’. Ces privatisations entrent dans le cadre du nouveau rapport de force à l’échelle internationale en faveur du grand capital.

Plus concrètement, les privatisations ont été conçues dans les pays dépendant, dans le cadre des politiques libérale imposées par les institutions de Bretton Woods, comme moyen de solutionner la crise de la dette tout en mettant à la disposition du capital mondial des opportunités nouvelles de faire de gros profits.

Dans la rhétorique libérale les privatisations sont plutôt présentées comme étant la panacée à même de faire sortir les économies arriérées de l’impasse. Le capital privé local, et plus encore le capital mondial est alors supposé être l’initiateur du développement économique et de la modernisation globale des sociétés du sud.

Mais, ni la politique d’ajustement (plutôt d’affaiblissement structurel), ni les privatisations n’ont réussit à débloquer jusqu’à présent les économies du sud.

Dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée, la politique libérale n’a fait qu’aggraver les choses en fragilisant encore davantage leur tissu social et économique. A cet égard, le Partenariat Euro-méditerranéen, initié à partir de 1995, n’apporte rien de nouveau si ce n’est l’aggravation de la politique libérale. Cela est très net concernant la Tunisie qui fut le premier pays à s’engager sur le chemin de Barcelone.

Ainsi, dans ce pays le rythme moyen annuel des privatisations s’est élevé de 5,3 entreprises entre 1986 (début des privatisations) et 1994/5 (fin du 1° programme d’ajustement) à 18 entreprises depuis 1995 à ce jour. Dans le même temps le produit moyen de cession des entreprises est passé de 4 millions de dinars tunisiens à 11,9 millions.

La politique de privatisation, telle qu’elle est appliquée actuellement dans les pays du sud de la méditerranée, nous interpelle à plusieurs niveaux, dont notamment :

·         La question du libre choix des peuples dans les domaines qui déterminent leur avenir,

·         Quels moyens restent-ils aux états du sud pour mener une politique économique indépendante visant le développement ?

·         Quels choix faut-il faire entre secteur privé et secteur public. En d’autres termes, faut-il s’opposer en bloc aux privatisations ou bien faire des choix sélectifs, lesquels et sur quelle base ?

·         Quelles alternatives à la politique de privatisation imposée par le libéralisme mondial ?

 

q         Dette

q         Agriculture

13h30 dernier délai pour le dépôt des amendements proposés sur le projet de Manifeste

15h - 19h  Réunion plénière

q         Comptes rendus des ateliers

q         Débats sur les amendements et adoption du Manifeste final

19h Buffet au Docks des Suds

20h30 - Meeting - présidé par Fathi CHAMKHI (président du RAID) avec intervenants

 à la tribune :

q         Yasmine BOUDJNEH - Méditerranée Solidaire, Députée européenne

q         Jean-Luc CIPIERE - Président d'Attac-Rhône, responsable de la coordination Maghreb d'Attac

q         Hourya MEKRELOUF - Présidente du MARP (Marseille), présidente du collectif "Le monde n'est pas une marchandise"

q         Pierre TARTAKOWSKY - Secrétaire général d'Attac

q         Samir AMIN - Président du forum international des alternatives

Le meeting a par ailleurs appelé à un rassemblement devant le consulat de Tunisie à Marseille (samedi 11-11-00 à 11h, rue d'Athènes) pour protester contre le refus des autorités tunisiennes de délivrer un passeport à deux membres fondateurs de RAID : Mohamed CHOURABI et Sadri KHIARI les privant de fait de la possibilité de pouvoir participer à "L'autre sommet".

20h30 Concert

avec : Le chœur de Malmousque, MBS, Cheb SARAHOUI

00h fin de "L'autre sommet".

 

 

Marseille 10 nov. 2000 : 14h30 - 18h30 "L'autre sommet" coordination :

Réunion pour la discussion de l'après sommet ; les objectifs, les moyens et le calendrier de la continuation de la lutte anti-mondialisation libérale en Méditerranée dont le moment fort a été "L'autre sommet".

Etaient présent à cette première réunion de coordination : Democracy and Workers Rights Center (Palestine), Nord-Sud (Liban), Collectif National des Sans Papiers (France), Comité de Soutien aux Luttes Civiles et Politiques en Tunisie (France), Attac Maroc (Maroc), Association Nationale des Diplômés Chômeurs (Maroc), Palestinian Working Women Sociaty (Palestine), Raid (Tunisie), Fédération Nationale du Secteur Agricole (Maroc), Union Syndicale Solidaire (France), Forum Civique Européen (France), Radio Zinzine (France), Attac Catalunya (Espagne), Attac Valencia (Espagne), Attac Pays d'Aubagne (France), Sud PTT 13 (France), Forum Méditerranéen (France), Sin Cobas (Italie), Guerre e Pace (Italie), Radio Onda (Italie), Attac Paris 20 (France), Méditerranée Solidaire(s) (France), Sud -relais Syrie- (France), Réseau Droit Paysans (France), Confédération Paysanne DAL (France), Takriz.org (Tunisie), Union Marocaine des Travailleurs - Taroudant (Maroc), Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde - CADTM - (Belgique), AIRS (Algérie), SNESUP-FSU (France), Attac Rhône (France), CTUWS (Egypte), Attac Méditerranée - Relais Egypte - (Egypte), Attac Marseille (France), RAFD Marseille (France), MRAP Marseille (France), Fondation Bel Khenchir (Algérie), AMPDF (Algérie), Droits devant (France), A.A.R.A.S.D. (France)…

En tout, plus de 80 militantes et militants venus de 11 pays dont 7 pays arabes, a savoir: Palestine, Syrie, Liban, Egypte, Tunisie, Algérie, Maroc.

La réunion a souligner l'importance historique "L'autre sommet" et a décidé de mettre en place une structure permanente de coordination. Cette structure est voulue assez souple et dans laquelle les associations et les organisations signataires du manifeste de "L'autre sommet" seront représentées. Le principe d'une cotisation par association a été retenu. Il a été décidé aussi de publié un journal électronique et de continuer le travail d'expertise citoyenne et de réflexion sur les alternatives au libéralisme qui a été déjà engagé dans les ateliers de travail. Un site internet sera mis sur pied assez rapidement. Il été décidé d'apparaître en tant que coordination lors du sommet européen qui aura lieu début décembre à Nice. Les participants à la réunion se sont par ailleurs donné un délais jusqu'à fin novembre pour donner un nom à cette nouvelle structure citoyenne anti-mondialisation libérale en Méditerrranée.

Enfin, il a été décidé que le comité d'organisation de "L'autre sommet" assume pour les semaines à venir et de façon provisoire les fonction de secrétariat de la coordination.

 

Marseille 10 nov. 2000 : 19h - 21h30 Réunion de coordination pour la région arabe

Etaient présents : : Democracy and Workers Rights Center (Palestine), Nord-Sud (Liban), Comité de Soutien aux Luttes Civiles et Politiques en Tunisie (France), Attac Maroc (Maroc), Association Nationale des Diplômés Chômeurs (Maroc), Palestinian Working Women Sociaty (Palestine), Raid (Tunisie), Fédération Nationale du Secteur Agricole (Maroc), Union Marocaine des Travailleurs - Taroudant (Maroc), AIRS (Algérie), CTUWS (Egypte), Attac Méditerranée - Relais Egypte - (Egypte), Fondation Bel Khenchir (Algérie), AMPDF (Algérie).

Après un long et fructueux débat, plus de 2 heures, tous les intervenants sont tombés d'accord sur la nécessité vitale d'une coordination inter-arabe contre la mondialisation libérale et sa traduction régionale, le processus de Barcelone, et contre la politique de normalisation avec l'ennemi sioniste qui compte parmi les objectifs de la politique européenne.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXES
Allocution prononcée à l'Assemblée générale d'ATTAC France le 29 octobre 2000.

Bonjour,

Permettez moi de vous transmettre les salutations fraternelles des militantes et des militants du RAID (ATTAC Tunisie) Nous ne sommes pas nombreux au RAID, à peine si nous dépassons la centaine. Notre association est une association jeune, elle fut constituée après les rencontres internationales d'ATTAC (Saint Denis, juin 1999)

L'existence de notre association n'est pas de tout repos. Loin de là, notre histoire est faite d'emprisonnement, de passage à tabac, de privation de passeport, etc.. Le RAID n'est toujours pas reconnu par le pouvoir tunisien. Ces agressions n'ont pas entamé notre détermination que nous tirons de notre conviction dans la justesse de notre lutte. Notre détermination, nous la tirons aussi de notre appartenance au mouvement international ATTAC. 

ATTAC est une force aujourd'hui, elle le prouve tous les jours. Elle l'a prouvé en ce qui nous concerne en faisant reculer la dictature de Ben Ali et en l'obligeant à libérer Mohamed Chourabi, Iheb El Hani et moi-même. La présence physique de Pierre Tartakowsky et de Jean Luc Cipière en Tunisie prouve aussi l'engagement fort d'ATTAC à notre côté. Cet appui d'ATTAC a permis d'impulser la lutte contre la mondialisation libérale dans le bassin méditerranéen. A ce niveau l'agression du néo libéralisme passe aujourd'hui à travers le processus engagé à Barcelone en 1995.  L'offensive libérale de l'Europe contre les pays et les peuples du Sud et de l'Est de la Méditerranée, que concrétise le processus de Barcelone, vise à intégrer ces pays en tant que périphérie encore plus dominée dans une vaste zone de libre échange. Ce processus est néo libéral en Méditerranée et il est déjà en marche. Il se déroule presque dans le silence total. Il est entrain de porter de graves coups à l'économie et à la société des pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée. Quelques chiffres suffisent pour donner une première idée de la gravité de ces atteintes, il s'agit de chiffres fournis par le PNUD et qui concernent le développement humain dans le monde. Le classement mondial au niveau du développement humain de beaucoup de pays du Sud de la Méditerranée a enregistré un net recul entre 1992 et 1997 : le Maroc a reculé de 9 places, l'Algérie de 24, la Tunisie de 27, l'Egypte de 13, la Jordanie de 14, la Syrie de 33.

"L'espace euro-méditerranéen nous répète-t-on, sera un espace de respect de droits humains et de la démocratie. Mais quel crédit accorder à ces Etats européens qui, cinq années après la signature de la Déclaration de Barcelone, continuent de soutenir les pires dictatures de la région ? Quel crédit peut-on donner à la volonté affirmée de défendre les droits humains alors qu'un des droits élémentaires de la personne humaine, le droit de circulation, est bafoué en permanence par l'Union européenne pour contrer les flux migratoires ?"[2] Je citerai l'exemple de Sadri Kiari et de Mohamed Chourabi du RAID et de Lofti Chewelyi d'ATTAC Maroc qui sont toujours privés de passeport. "Que peut signifier l'ambition d'une paix régionale et la proclamation du droit des peuples à vivre libres alors que le peuple palestinien se voit dénier le droit de constituer un état indépendant, que ses enfants sont massacrés en toute impunité et qu'une partie de sa population est contrainte à un exil sans fin.

La démocratie n'est qu'un vain mot lorsqu'elle ne signifie pas la souveraineté populaire or celle-ci est constamment remise en cause tant dans les institutions européennes que dans les états du Sud. Personne n'a demandé leurs avis aux populations concernées par le projet euro-méditerranéen et les mécanismes institutionnels prévus pour sa réalisation consacrent la subordination des pays du Sud à l' Union européenne. Quel que soit l'angle sous lequel on aborde Barcelone, il apparaît comme un rapport d'allégeance des pays du Sud à l'Europe. Mais quelle importance finalement, puisque de toutes façons, ce sont les institutions financières internationales, les sociétés transnationales, qui prennent les décisions à la place des peuples !

A cette Méditerranée basée sur l'inégalité, l'injustice et le non-droit, nous opposons une autre Méditerranée ; une Méditerranée citoyenne, démocratique, sociale, solidaire, écologique. Le projet méditerranéen doit être orienté par une véritable logique de coopération qui soit profitable à tous les peuples de la région. Il s' agit de combler le fossé entre les deux rives au besoin par des mesures inégales en faveur des peuples du Sud qui permettent à terme d 'harmoniser vers le haut les conditions de vie et de travail de l' ensemble des peuples méditerranéens. La Méditerranée que nous voulons devra être construite en partant des besoins sociaux, politiques et culturels des peuples et non pas des contraintes prétendument fatales du marché. Nous voulons une Méditerranée libérée du chômage et de la précarité, garantissant une protection sociale véritable à tous ses habitants, un salaire et un logement décents, une couverture sanitaire gratuite et un accès libre et égal à l'éducation.

De manière prioritaire, il faut assurer la défense du service public et faire cesser la privatisation des transports, de l'électricité, du gaz, de l 'eau, de l'éducation, de la santé et de la sécurité sociale. De même qu'il faut lever les entraves à la libre circulation des personnes et régulariser la situation des sans-papiers. Ces exigences imposent un véritable financement du social à l'échelle méditerranéenne. Des ressources importantes peuvent être dégagées par l'Europe si elle prend l'initiative d'initier une taxation des transactions financières (Taxe Tobin) et d'annuler la dette des pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée.

Les peuples doivent pouvoir disposer d'eux-mêmes et choisir leur avenir comme ils l'entendent ; ils doivent pouvoir décider démocratiquement et de manière autonome du type de relations qu'ils veulent développer avec les autres peuples de la région méditerranéenne. Un partenariat n'est véritable que s'il associe des états pleinement souverains, qui expriment réellement la volonté des peuples qu'ils représentent. Il doit également trouver les formes d'une implication à part entière des acteurs sociaux des différents pays. C'est pourquoi les questions des droits humains, de la démocratie et de la souveraineté populaire ne sont pas des questions annexes mais doivent être considérées comme fondatrices du partenariat méditerranéen. Les mécanismes du partenariat doivent être démocratiques, permettant un contrôle citoyen à tous les niveaux du processus, depuis l'élaboration des projets jusqu'à leur mise en ouvre. Il faut organiser le pouvoir participatif des organisations sociales et populaires dans les instances méditerranéennes.

La réalisation de ces mesures comme la définition et la mise en ouvre d'une alternative plus large suppose une dynamique sociale s'appuyant sur les forces démocratiques et populaires. Ce sommet alternatif se conçoit comme une étape dans la mise en commun des efforts de réflexion et d'organisation de la riposte nécessaire au libéralisme, en convergence avec le mouvement universel contre la mondialisation libérale qui s'est exprimé à Seattle, Bangkok, Genève et Prague. Des victoires ont été remportées ; d'autres sont possibles. Les organismes partie prenante de cet « Autre Sommet », associations, syndicats, ONG, ont pour ambition de développer leur action de manière coordonnée par la mise en place d'un réseau à l'échelle régionale qui poursuivent et élargissent ce premier mouvement de résistance collectif au processus de Barcelone, pour l'avènement d'une Méditerranée sociale, démocratique et solidaire."[3]

 


 

Un autre partenariat est nécessaire en Méditerranée[4].

En 1995, l'Europe libérale lance une vaste offensive vers les pays des deux rives sud et ouest de la Méditerranée, dans le but de les intégrer, en tant que périphéries dominées, dans une vaste zone de libre échange avant l'an 2010/12. Cette offensive libérale, plus connue sous l'appellation de "processus de Barcelone", prétend agir pour la "prospérité", "la paix et la stabilité" dans le bassin méditerranéen. Pour y arriver, le Partenarial Euro-méditerranéen prétend aussi qu'il n'y a qu'une seule voie possible ; la dictature des marchés : "la totalité du processus est compatible avec l'OMC. Il n'y a guère d'autres possibilités si un pays veut participer au jeu économique global"[5]. Autrement dit, le Partenarial Euro-méditerranéen, se propose d'achever, pour le compte des multinationales et le capital financier européen, la détestable tâche des Programmes d'ajustement structurel (PAS).

Ce Partenariat comporte, comme s'était le cas avec les PAS, des risques majeurs pour les pays arabes méditerranéens engagés dans le processus de Barcelone (PAM). Pour s'en convaincre, il suffit de brosser un tableau général de la situation économique et sociale de ces pays.

1.         Des économies en pannes.

Sans vouloir rentrer dans les détails de l'analyse socioéconomique des PAM, il est néanmoins important de rappeler les conditions objectives dans lesquelles interviennent les politiques libérales dites d'ajustement structurel afin de montrer l'inadaptation de ces politiques avec les réalités des PAM et par voie de conséquence voir comment, le traitement risque de tuer le malade.

La caractéristique fondamentale des PAM  est leur arriération économique, sociale et politique évidente par rapport aux pays nord-méditerranéens. Les obstacles sur la voie du développement économique et de la modernisation sociale globale n'ont put être levés durant les décennies qui ont précédé les indépendances. Ces blocages sont de plusieurs nature. Il s'agit en gros de la dépendance économique vis-à-vis du capital mondial et notamment, la dépendance technologique et financière qui entraîne un drainage des ressources vers les métropoles du Nord. Ce véritable pillage des ressources des PAM  s'effectue par le biais d'un échange inégal fondé sur la différence du niveau de productivité moyenne du travail avec les métropoles nord-méditerranéenne en particulier. Le payement du service de la dette extérieure participe aussi à ce phénomène général de pillage dont sont victimes les PAM.

Plusieurs décennies de "luttes contre le sous-développement", n'ont rien changé de fondamental à cette situation. Au contraire les blocages qui se dressent face à la modernisation et au développement se sont multipliés. Il y a bien entendu, la fameuse "dette extérieure", qui a longtemps été considérée comme une source indispensable de financement du développement, et qui s'est finalement transformée en un de ses obstacles majeurs. Il est important aussi de citer le durcissement des régimes, dont l'aspect le plus frappant est l'absence quasi-totale des libertés démocratiques. Les régimes dictatoriaux sont aujourd'hui des défis supplémentaires face à l'aspiration légitimes des peuples de la région au développement et au bien-être.

En fait, loin de s'attaquer aux causes réelles, aussi bien intérieures qu'extérieures, de l'arriération économique et sociale, les politiques de développement poursuivies par les différents régimes des PAM ont en crée de nouvelles non moins graves. Ainsi, "les politiques de développement" menées sous la conduite des bourgeoisies locales ont finalement aboutit à un échec cuisant avec en prime de nouveaux maux.

Tant de beaux discours, de promesses et surtout de sacrifices pour se retrouver finalement dans l'impasse ! Plus de trente ans que les dirigeants des PAM  promettent la lune à des peuples bâillonnés, voilà qu'à l'arrivée ils décident de les jeter en pâture au capital financier assoiffé de super profits. Non seulement les Etats du Sud ont faillit dans leurs politiques de développement, tant est qu'il en ait eu une, mais en plus, ils se démettent de leurs fonctions économiques et sociales au profit du marché et des intérêts privés locaux, et notamment transnationaux.

2.         Bilan économique et social des PAS

q         Un recul social très net

Au milieu des années 80', l'ensemble des PAM traverse une crise grave due aux effets combinés de la détérioration des termes de l'échange, de la crise de la dette, du ralentissement de leur rythme de croissance économique par suite de la mauvaise conjoncture économique mondiale. Cette crise frappe de plein fouet les sociétés des PAM et démontre preuve à l'appui l'ampleur du blocage dans lequel elles se sont laissées enfermer.

Se refusant de tirer le bilan de leurs échecs, les régimes des PAM engagés dans le processus de Barcelone optent pour la fuite en avant tout en se soumettent, l'un après l'autre, aux diktats des institutions de Bretton Woods. Le Maroc engage le premier, en 1983, la politique d'ajustement, suivi de près par la Tunisie en 1986, puis l'Egypte en 1991 et finalement l'Algérie en 1994.

Le diagnostic que font les institutions financières internationales de la situation générale des pays du Sud, vers le début des années 80', est tout à fait superficiel et traduit dans une large mesure les préoccupations et les intérêts des Entreprises transnationales et des grands groupes financiers. Les problèmes réels de ces pays ne sont pas évoqués, tout juste font-ils allusion à la gestion bureaucratique des entreprises publiques, à la faiblesse de la productivité, au manques d'infrastructures, aux déséquilibres macroéconomiques, etc.. Mais des questions comme l'échange inégal et le transfert des ressources au bénéficie du grand capital, le poids accablant de la dette, la dépendance technologique, la nature dictatoriale des régimes politiques, etc., ne sont point évoquées. Alors, faut-il s'étonner quand le traitement proposé dans le cadre des PAS ne fait que rendre la situation de ces pays encore plus fragile et plus douloureuse ? Mais, le mauvais diagnostic (du point de vue des peuples du Sud) que la Banque mondiale et le FMI font de la crise des sociétés du Sud, ne les empêchent pas de proposer un traitement de choc !

Le fait est que, partout où elle est appliquée, cette thérapie de choc libérale n'apporte pas de solutions aux problèmes économiques et sociaux posés. Pis encore, en imposant une politique d'austérité assez sévère, les plans d'ajustement ont davantage fragilisé les structures économiques et sociales des différents PAM. Les effets négatifs de cette thérapie libérale se sont en fait ajoutés à ceux de la crise des années 80'.

Le tableau suivant résume assez nettement le bilan social de la politique libérale d'ajustement dans les PAM. Tous, à l'exception du Liban, ont accusé un recul important dans le classement mondial du développement humain selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). C'est un constat accablant contre les chantres du libéralisme. En observant la situation sociale dans les PAM avec un peu plus de détails, la gravité de la situation ne laisse plus aucun doute.

Etat du développement humain. Rang selon l'IDH

Pays

1992

1997

Rang

Rang PIB - rang IDH*

Rang

Rang PIB - rang IDH*

Maroc

117

-26

126

-27

Algérie

85

-15

109

-31

Tunisie

75

-9

102

-34

Egypte

107

-23

120

-14

Jordanie

80

-6

94

2

Syrie

78

-9

111

-4

Liban

101

9

69

-4

* Différence de classement entre le PIB par habitant et le classement selon l'IDH

Source : Rapport mondial sur le développement humain de 1994 et 1999

La pression, de plus en plus forte, qu'exerce le marché mondial sur les économies des PAM est transformée, par le biais des PAS, en une pression formidable à l'encontre des masses populaires, dont les principales manifestations sociales sont une tendance, assez nette, à l'appauvrissement et à la précarisation. En effet, le volet social des PAS impose aux PAM l'application d'une politique d'austérité assez sévère, qui va à l'encontre des besoins et des exigences de leurs développement. Le désengagement social de l'Etat et la marchandisation croissante des services publics qui en découle, sapent toute chance réelle de développement dans ces pays.

Les secteurs de la santé et de l'enseignement, qui nécessitent le plus d'efforts budgétaires de la part des Etats, vu les retards accumulés dans ces domaines, sont, assez paradoxalement, tout particulièrement visés par les coupes budgétaires. Fait aggravant, la baisse touche tout particulièrement les budgets d'équipements. En d'autres termes, c'est tout l'avenir de ces services clés qui est ainsi menacé, entendons par là leur rôle en tant que support de tout effort national de développement. Il est en effet tout à fait évident que le fait de rendre des services publics, tels que l'enseignement ou les soins, de plus en plus chers, voire même les privatiser, les met hors de porté d'un nombre sans cesse croissant de familles. Les masses populaires ne peuvent pas dans ce cas, continuer à assumer la totalité de la charge financière créée par le désengagement de l'Etat.

Le cas de la Tunisie est assez éloquent à ce sujet. En effet, la participation des ménages dans le financement des différents services publiques a fortement augmentée durant la période du PAS : de 14,5% (soit 14,5 milliards de dinars) en 1985 à 39,3% en 1995 (39,3 milliards de dinars)[6].

Par ailleurs, l'aggravation du chômage, la précarisation croissante du travail et la croissance du secteur informel sont autant de maux qui attestent de l'ampleur de la crise sociale dans les PAM. Les chiffres officiels du chômage cachent mal l'ampleur du problème, même s'ils se situent tous, dans les PAM, entre 15 et 20 % de l'ensemble de la population active ; ce qui n'est pas en soi négligeable. Cette tendance comporte plusieurs aspects qui rendent assez bien compte de l'inadaptation et de l'inefficacité des politiques libérales, voire même de leurs tendance à détruire les forces productives nationales. En effet, un fléau nouveau ne cesse de se développer dans les PAM, il s'agit du chômage des jeunes diplômés. Au Maroc, où ce fléau a atteint des proportions alarmantes (ce pays est le premier, en 1983, à avoir adopté un PAS) les jeunes diplômés au chômage se comptent par centaines de milliers ; un véritable chômage de masse. Un autre aspect non moins grave du chômage dans les PAM est celui des jeunes. Au Maroc, la proportion des jeunes au chômage (15-24 ans) a atteint 45,5 % de l'ensemble des chômeurs. En Tunisie, la situation n'est guère meilleure. Selon le recensement de 1984, le taux de chômage, parmi les jeunes âgés de 18 à 24 ans, s’élève à 26,5%. Par ailleurs, plus de 60% des chômeurs ont un âge compris entre 18 et 29 ans, un chômeur sur cinq est primo-demandeur d’emploi, et pour 84,2% d’entre eux la période de chômage dépasse un an.

Le sous emploi, présent essentiellement dans le secteur informel, connaît lui aussi un développement impressionnant. Ainsi, pour l'ensemble de la Tunisie, on peut estimer les activités informelles en 1994 à 43,4% de l'ensemble de l'emploi non agricole, soit 788.977 emplois. Le nombre de ces emplois a évolué depuis 1989 selon un rythme annuel moyen de 11,31 %, enregistrant ainsi une nette accélération par rapport à la période allant de 1975 à 1989 durant laquelle la croissance des activités informelles n’a été que de 2,9 % l’an.

Evolution des activités informelles en Tunisie – 1989-1994

 

1989

%

1994

%

Variation % 89-94 (%)

Industrie

270.100

58,5

331.504

42,-

22,7

Commerce

96.600

20,9

179.761

22,8

86,1

Services

95.000

20,6

277.712

35,2

192,3

Ensemble du secteur informel

461.700

100,0

788.977

100,0

70,9

Source : calculés d’après les données de l’INS. Tunisie.

La conséquence immédiate de toute cette évolution négative est un appauvrissement croissant. Ainsi, la proportion des pauvres est passée en Egypte de 39 % de l'ensemble de la population en 1990 à 48 % en 1996, c'est-à-dire pendant la période d'ajustement. En Tunisie, la proportion de personnes vulnérables[7] par rapport à l'ensemble de la population est passé de 14% en 1990 à 17% en 1995 (de 1,1 million d'individus à 1,5 million), selon M. Christian Delvoie, directeur du Département Maghreb à la Banque mondiale[8]. Cette tendance à l'accumulation de la richesse, dans un pôle, au profit d'une minorité de privilégiés (locaux et étrangers) et l'accumulation de la pauvreté, dans le pôle opposé, pour l'écrasante majorité, se confirme pour tous les PAM sous ajustement.

En Tunisie, la part des salariés dans le Produit intérieur brut a baissé sensiblement durant la période du PAS, alors que dans le même temps, leur nombre n'a cessé d'augmenter. Le salaire réel moyen qui était de 162 dinars en 1983 n'est plus que de 135,5 dinars en 1991 ; soit une baisse de 16,4 %.

Une tendance nette à l'appauvrissement des salariés tunisiens

Année

1977

1986

1991

Part des salaires dans le PIB

40%

34,8%

30,8%

Nombre de salariés (en milliers)

875

1.210

1.400

Source : INS. Tunisie

q         des gains économiques aussi maigres qu'illusoires

ü       Recul substantiel de l'aide publique au développement et persistance d'un endettement lourd

L’endettement extérieur des PAM était resté à un niveau globalement acceptable jusqu’au début des années 1980. Puis une dégradation rapide s’est manifestée, aboutissant vers le milieu de la décennie à une véritable crise. Ces pays sont devenus vulnérables à la crise de l’endettement : la dette totale par rapport au PNB a même atteint au Maroc 130,4 % en 1985. Par la suite, la situation a variablement évolué, mais la situation générale reste tout de même assez préoccupante. Cela est surtout vrai au vu de l'évolution négative de la structure de la dette, c'est-à-dire le rapport entre crédits bilatéraux et multilatéraux, des conditions moyennes des engagements (durée moyenne, délai de grâce moyen, taux d'intérêt moyen, part des crédits concessionnels et des crédits à taux variables, etc.) et les conditions générales d'emprunt (part de la dette bancaire, rapport court terme/long terme). A tous ces niveaux, nous constatons une nette détérioration qui est assez significative du glissement des conditions d'emprunt vers des situations de plus en plus désavantageuse.

Financement extérieur des PAM

 

Pays

Aide publique nette au développement par habitant reçue (en dollars)

Dette extérieure

1985

1997

1991

1997

Total milliards $

En % du PNB

Total milliards $

En % du PNB

Maroc

50,2

18,8

15,7

130,4

19,3

59,5

Algérie

13,3

9,7

18,2

32,4

30,9

69

Tunisie

42,8

23,3

4,8

60

11,3

62,8

Egypte

93,7

36,3

36,1

115

29,8

39

Jordanie

259,8

130,3

4

78,7

8,2

121

Liban

35,6

64,5

0,8

-

5

32,8

Syrie

30,4

15,9

10,8

66,5

20,8

126,4

Source : Rapport mondial sur le développement humain de 1999

Selon le CNUCED[9], les entrées de capitaux en Afrique du Nord, par type de flux, et transfert net[10] ont évolués de 1975 à 1998, comme le montre le tableau ci-dessous. Celui-là montre bien que la politique libérale, malgré son coût social élevé, n'a pas du tout réussit à drainer les ressources financières pour financer un prétendu développement. On constate, d'abord, un fléchissement très net des transferts nets durant les années 80 et qui est le signe de l'échec de la politique de développement qui a été menée jusque là. Par ailleurs, le PAS qui prétendait, entre autres choses, pallier cette tendance négative, s'est traduit en réalité, durant les années 90, par l'accélération de cette hémorragie de ressources . En d'autres termes, la politique libérale n'a fait qu'accélérer le transfert des ressources locales au bénéfice du capital mondial.

 

Entrées de capitaux en Afrique du Nord , par type de flux, et transfert net, 1975-1998 (en pourcentage du PNB)

Type de flux

1975-1982

1983-1989

1990-1998

Entrées nettes totales, dont :

- Entrées de capitaux publics

- Entrées de capitaux privés

- Paiement d'intérêts

- Rapatriement de bénéfices

13.0

4.9

3.2

5.8

2.4

2.4

7.2

2.5

0.8

2.8

3.7

3.4

1.2

0.5

0.4

Transfert net

9.0

0.7

-0.6

 

 

ü       des exportations qui connaissent une évolution à dents de scie dont les maigres bénéfices sont annulés par des importations en accroissement soutenu

"Une croissance tirée par les exportations", voilà la panacée que propose l'idéologie libérale contre le sous-développement ! Les pays arriérés doivent mettre leur sort aux mains du marché mondial ! Quand on examine l'évolution du commerce extérieur des PAM sous ajustement on s'aperçoit que nous sommes bien loin du compte. En fait, la libéralisation du commerce extérieur à tendance à produire plutôt des effets négatifs.

§         Il y a d'abord, le creusement du déficit commercial, du essentiellement à l'augmentation rapide des importations, tandis que les exportations ont de la peine à progresser et restent tributaires de la conjoncture mondiale. A l'exception de l'Egypte qui a vue le solde de sa balance commerciale s'améliorer sensiblement en 1997 par rapport à ce qu'il était en 1994, tous les PAM accusent une nette aggravation du déficit commercial entre 1992 et 1997. Quant aux exportations tunisiennes, par exemple, elles avaient continuer à évoluer au même rythme que les importations et de façon irrégulière : de +22,3% en 1989 et même +23,6% en 1994 à +7,8% en 1995 voire -6,5% en 1993.

§         Il y a ensuite, le manque à gagner pour l'Etat du fait de la baisse substantielle des recettes douanières.

§         Il y a aussi, les répercussions négatives de la concurrence du marché mondial sur l'emploi dans l'économie locale.

 

 

 

 

 

 

Evolution du commerce extérieur des PAM

 

Solde de la balance commerciale (millions de $)

% par rapport au PNB

 

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1992

1993

1994

1995

1996

1997

Maroc

-503

-799

-993

-1,133

-1,218

-968

1,77

2,98

3,27

3,44

3,31

2,91

Algérie

-599

-4,309

-1,860

-590

1,368

1,145

1,17

8,66

4,43

1,43

3,00

2,43

Tunisie

-485

-470

-483

-801

-837

-729

-3,13

-3,22

-3,09

-4,45

-4,29

-3,84

Egypte

-3,168

-2,271

-3,624

-737

-884

-687

7,59

4,84

7,01

1,22

1,31

0,91

Jordanie

17

-90

-118

-110

-209

-159

0,33

1,64

1,95

1,67

3,12

2,25

Liban

-677

-677

-1,764

-1,742

-2,351

-3,539

12,21

8,86

19,36

15,66

17,97

23,90

Syrie

-145

-761

-1,083

-1,056

-770

-593

-1,11

-5,53

-7,06

-6,37

-4,50

-3,27

Source : Ligue des Etats arabes, "Rapport arabe unifié", 1998

ü     un investissement privé local, mais surtout étranger, qui reste largement insensible à toutes les opérations de charmes de la part des PAM

L'évolution de l'autre locomotive, censée tirer la croissance dans les pays arriérés, selon le modèle néo-libéral, à savoir l'investissement direct étranger (IDE), était franchement décevante. En effet, le PAS n'avait pas eu l'effet bénéfique attendu sur l'IDE ; d'une moyenne de 210,1 Md$ par an entre 1980 et 1985, son affluence était tombée à 145,3 Md$ entre 1986 et 1995. Selon la M. Christian Delvoie[11] : "La Tunisie (…) a beaucoup compté sur le secteur privé et d'importants flux d'investissement direct étranger. Seulement la réaction de l'investissement privé à l'étranger a été lente et a tardé à venir avec le rythme requis. Ainsi, l'investissement privé n'a augmenté que dans de faibles proportions, passant de 48% de l'investissement total dans le pays en 1995 à 51% en 1998. Au cours de la même période, la part de l'investissement direct étranger a baissé, passant de 16% à 12% de l'investissement privé total dans le pays."

ü       Enfin, la croissance économique reste assez fluctuante du fait de sa dépendance de la conjoncture mondiale, des exportations de matières premières et des produits agricoles, etc., et surtout ne croît pas à un rythme satisfaisant. En Tunisie, par exemple, après un résultat exceptionnel en 1992 (+7.8%), le taux de croissance du PIB Tunisien (à prix constants 1990) avait baissé à 2,2% en 1993, 3,3% en 1994 et 2,4% en 1995. Nous sommes bien loin des taux escomptés que nécessitent non seulement, la remise en marche de l'économie du pays, mais surtout, le développement économique et social de la Tunisie.

3.         Le partenarial Euro-méditerranéen est-il la solution ?

Vers le milieu des années 90', une chose devenait de plus en plus évidente ; les politiques libérales n'ont pas produit les effets escomptés. Le fait est que, les PAS, quel qu'en soit les raisons, n'ont pas réussit à débloquer les économies des PAM. La plupart des gouvernements étaient de nouveau dans l'expectative ; tiraillés entre d'une part, les institutions de Bretton Woods qui les poussaient à accélérer les réformes libérales et à les étendre à tous les secteurs économiques, et leurs craintes des réactions sociales violentes qui pourraient venir des masses populaires qui ont été durement éprouvées ces dernières années, d'autre part.

Dans le même temps, l'Union Européenne venait de finir de tirer le bilan de sa politique en Méditerranée d'une part, et des changements géopolitiques résultant de la chute du mur de Berlin et de la fin de la guerre froide d'autre part. Dans sa nouvelle vision, le bassin méditerranéen lui apparaissait en tant que zone d'importance stratégique pour sa sécurité et sa stabilité. Elle considérait (et considère toujours) les pays des rives Sud et Est autant comme sources d'inquiétude (pression migratoire, intégrisme religieux, etc.) que d'intérêts (un marché en expansion de plus de 300 millions de consommateurs, des richesses naturelles importantes, etc.).

Dès lors on peu comprendre l'accueil favorable que les PAM ont réservé au projet européen de Partenariat. Les régimes des différents pays de ce groupe se sont insérés d'autant plus facilement (d'un certain point de vue, on peut même parler d'une "reddition") dans cette nouvelle vision stratégique européenne, qu'ils n'avaient aucun projet alternatif de société, si ce n'est la gestion au quotidien d'une situation économique et sociale bien difficile. La Tunisie fut la première à ouvrir le bal du processus de Barcelone, en signant le premier accord d’Association en 1995.

3-  1- Face à la crise grave des économies des PAM, l'UE propose encore plus de libéralisme : un deuxième PAS.

·  Accélération des privatisations

L'objectif assigné au Partenariat Euro-Méditerranéen est une économie totalement libéralisée à l'horizon 2010/12. Pour y parvenir, l'Europe a décidé, à l'aide des Accords d'Associations, d'accélérer le processus de privatisation et d'ouverture des marchés intérieur des PAM tout en poussant plus en avant la déréglementation de l'activité économique et la flexibilité du marché du travail.

Dans cette stratégie, le désengagement de l'Etat à travers la liquidation du secteur public de production des biens et des services, est considéré comme étant la pierre angulaire de tout le processus de libéralisation et d'intégration dans la future zone de libre échange.

Par les privatisations, le FMI et la BM, de même que la commission européenne, visent à donner une place prépondérante au secteur privé dans les PAM et tout particulièrement au capital étranger. Cela n'est un secret pour personne. Mais, ce qu'il ne disent pas c'est que les recettes des privatisations servent d'abord à payer le service de la dette extérieure, une autre partie est réinjecter dans "l'assainissement" des autres entreprises publiques promises à la vente.

L'évolution de ce phénomène en Tunisie, atteste de la volonté de l'UE de mettre les bouchés doubles dans le domaine de la privatisation. Ainsi, le rythme moyen annuel des privatisations s'est élevé de 5,3 entreprises entre 1986 et 1994 à 18 entreprises depuis 1995. Dans le même temps, le produit moyen de cession par entreprise est passé de 4 millions de dinars à 11,9 millions. Il est important de noter que depuis la date d'entrée en vigueur de l'Accord d'Association entre l'Union Européenne et la Tunisie (AAUET), le premier mars 1998, le rythme des privatisations s'est emballé ; près de 70 entreprises ont été privatisées depuis. C'est-à-dire presque autant que l'ensemble des entreprises privatisées entre 1986 et 1997. De plus, les entreprises privatisées récemment, sont de grandes unités industrielles à l'instar des cimenteries, dont la valeur et l'importance stratégique dépassent de loin celles des petites unités privatisées avant l'AAUET.

L'Europe; à la faveur de l'AAUET, est en train de se tailler la part belle des entreprises publiques tunisiennes ; près des deux tiers de la valeur totale des privatisations sont revenus en effet aux entreprises européennes. Nous pouvons citer en exemple l'acquisition par les entreprises européennes de cinq cimenteries sur les six que possède la Tunisie. La sixième est en cours de privatisation et il y a fort à parier qu'elle le sera au profit de la même partie.

Pour avancer rapidement dans la privatisation, l'Europe, après la signature de l'AAUET, dû pousser la Tunisie vers davantage d'assouplissement de la réglementation qui régit les privatisations. Ainsi, une nouvelle Loi (loi 96-74 du 29 juillet 1996) a été votée, rendant très alléchantes les offres du gouvernement tunisien. En effet, on ne compte plus les dégrèvements fiscaux et autres exonérations fiscales.


Bilan des privatisations en Tunisie 1987-2000

 

·  L'IDE n'est pas au rendez-vous !

Les accords de Barcelone promettaient aux PAM un accroissement massif de l'investissement privé européen lequel devra leur apporter le capital, la technologie et le savoir-faire, et constituant par la même un aiguillon essentiel du développement économique et social. En réalité, nous sommes bien loin de ce schéma idyllique et nous constatons même, dans le cas de la Tunisie, un net recul de l'IDE d'origine européenne : 562 millions d'Ecus en 1993, 452 en 1994, 253 en 1995 et 221 en 1996[12]. Depuis l'entrée en vigueur de l'AAUE en 1998, l'afflux de ce capital s'est quelque peu amélioré. Cela s'explique par les opportunités créées par la mise en vente d'unité industrielles bénéficiaires.

Il apparaît de ce fait que le capital européen préfère plutôt les opérations d'acquisitions d'unités industrielles et de services présentant un réel intérêt économique, plutôt que de s'engager dans la création de nouvelles unités de production. Non seulement, l'AAUE n'a pas stimulé de façon décisive l'IDE, mais en plus il a eu un effet inhibitif sur l'investissement domestique. En effet, celui-ci a chuté en termes nominaux de 900 millions de dinars tunisiens en 1995 à 874 MDT en 1998[13].

En fait, le partenariat n'a rien solutionné ; les sociétés des PAM cherchent encore la voie de sortie de l'arriération et de la dépendance. Des risques majeurs pèsent aujourd'hui sur les économies locales. En plus, des phénomènes que nous avons présenté ci-dessus, il faut noter les graves retombées qui seront occasionnées par la suppression totale des restrictions tarifaires et quantitatives :

Il y a d'abord le manque à gagner pour les caisse de l'état du fait de la suppression des droits de douanes. Les états chercheront à se rattraper par une surimposition de la population locale. Déjà, beaucoup de mesures fiscales ont été prises dans ce sens.

Ensuite, nous devons considérer la réalité du libre échange comme elle est dans la réalité. Car en fait de libre échange, l'Union européenne propose son libre échange à elle ; c'est-à-dire celui qui correspond au mieux à ses propres intérêts. On nous dit que le commerce libre permet de faire valoir les activités économiques dans les quelles nous avons un certain avantage ; les fameux avantages comparatifs ! Et voilà que l'Union européenne, elle qui prétend nous aider pour faire face à sa propre concurrence (programme de mise à niveau), nous interdit d'exporter librement les produits dans lesquels nous détenons un certain avantage : huile d'olive, textiles.. En réalité, l'Union européenne est en train d'imposé, par le biais des accords de partenariat, le libre échange à sens unique, ou plus exactement un libre échange sur mesure et tout à fait à sa convenance. Dans ce cas peut-on faire confiance à un tel projet ?

Enfin, le contact direct des économies locales avec la puissance économique européenne risque d'être terrible. Par quel miracle des économies arriérées et fragilisées par une longue crise sur fond de thérapie de choc libérale, des économies composées, de surcroît, en majeure partie de micro et petites unités (près des 9/10 des entreprises emploient moins de 10 personnes) peuvent-elles faire face à la concurrence d'entreprises transnationales ?  Les entreprises locales sont-elles capables de tenir tête à la concurrence des géants européens ? le risque de dislocation des tissus industriels locaux est donc bien réel. C'est un vrai marché de dupes que l'Union européenne propose aujourd'hui aux PAM.

3-2-   Un volet politique dominé par le souci sécuritaire alors que les droit humains restent des vœux pieux

La déclaration  de Barcelone prétend agir pour la prospérité des peuples de la Méditerranée. Mais en fait de prospérité, les populations du Sud n'ont connu jusqu'à présent que les privations et les sacrifices. L'accord d'Association entre la Tunisie et l'UE, par exemple, prétend dans son article 2 s'appuyer "..sur le respect des principes démocratiques et des droits de l'homme." En fait, cet accord vise la soumission du peuple tunisien à la logique libérale du capital européen, sans réellement se soucier du respect des droits humains. La politique de privatisation par exemple, continue d'être menée en dehors de tout contrôle citoyen et cela, malgré le fait qu'elle fait peser de lourdes hypothèques sur l'avenir de tout un peuple.

 

"L'espace Euro-Méditerranéen, nous répète-t-on, sera un espace de respect des droits humains et de la démocratie.

a)       Mais, quel crédit accorder à ces Etats européens qui, 5 années après la signature de la Déclaration de Barcelone, continuent de soutenir les pires dictatures de la région ?

b)       Quel crédit peut-on donner à la volonté affirmée de défendre les droits humains alors qu'un des droits élémentaires de la personne humaine, le droit de circulation, est bafoué en permanence par l'Union européenne pour contrer les flux migratoires?

c)       Que peut signifier l'ambition d'une paix régionale et la proclamation du droit des peuples à vivre libres alors que le peuple palestinien se voit dénier le droit de constituer un Etat indépendant, que ses enfants sont massacrés en toute impunité et qu'une partie de sa population est contrainte à un exil sans fin ?

La démocratie n'est qu'un vain mot lorsqu'elle ne signifie pas la souveraineté populaire or celle-ci est constamment remise en cause tant dans les institutions européennes que dans les Etats du Sud.

Personne n'a demandé leurs avis aux populations concernées par le projet euro-méditerranéen et les mécanismes institutionnels prévus pour sa réalisation consacrent la subordination des pays du Sud à l'UE. Quelque soit l'angle sous lequel on aborde Barcelone, il apparaît comme un rapport d'allégeance des pays du Sud à l'Europe.

A cette Méditerranée basée sur l'inégalité, l'injustice et le non-droit, nous opposons une autre Méditerranée ; une Méditerranée citoyenne, démocratique, sociale, solidaire, écologique.

Le projet méditerranéen doit être orienté par une véritable logique de coopération qui soit profitable à tous les peuples de la région. Il s'agit de combler le fossé entre les deux rives au besoin par des mesures inégales en faveurs des peuples du Sud qui permettent à terme d'harmoniser vers le haut les conditions de vie et de travail de l'ensemble des peuples méditerranéens.

La Méditerranée, que nous voulons, devra être construite en partant des besoins sociaux, politiques et culturels des peuples et non pas des contraintes prétendument fatales du marché. Nous voulons une Méditerranée libérée du chômage et de la précarité, garantissant une protection sociale véritable à tous ses habitants, un salaire et un logement décents, une couverture sanitaire gratuite et un accès libre et égal à l'éducation. De manière prioritaire, il faut assurer la défense du service public et faire cesser la privatisation des transports, de l'électricité, du gaz, de l'eau, de l'éducation, de la santé et de la sécurité sociale. De même qu'il faut lever les entraves à la libre circulation des personnes et régulariser la situation des sans-papiers.

Ces exigences imposent un véritable financement du social à l'échelle méditerranéenne. Des ressources importantes peuvent être dégagées par l'Europe si elle prend l'initiative d'initier une taxation des transactions financières (Taxe Tobin) et d'annuler la dette des pays Sud et Est méditerranéens et la rétrocession des biens mal acquis.

Les peuples doivent pouvoir disposer d'eux-mêmes et choisir leur avenir comme ils l'entendent ; ils doivent pouvoir décider démocratiquement et de manière autonome du type de relations qu'ils veulent développer avec les autres peuples de la région méditerranéenne.

Un partenariat n'est véritable que s'il associe des Etats pleinement souverains, qui expriment réellement la volonté des peuples qu'ils représentent. Il doit également trouver les formes d'une implication à part entière les acteurs sociaux des différents pays. C'est pourquoi les questions des droits humains, de la démocratie et de la souveraineté populaire ne sont pas des questions annexes mais doivent être considérées comme fondatrices du partenariat méditerranéen.

Les mécanismes du partenariat doivent être démocratiques, permettant un contrôle citoyen à tous les niveaux du processus, depuis l'élaboration des projets jusqu'à leur mise en oeuvre. Il faut organiser le pouvoir participatif des organisations sociales et populaires dans les instances méditerranéennes.

La réalisation de ces mesures comme la définition et la mise en oeuvre d'une alternative plus large suppose une dynamique sociale s'appuyant sur les forces démocratiques et populaires. Ce sommet alternatif se conçoit comme une étape dans la mise en commun des efforts de réflexion et d'organisation de la riposte nécessaire au libéralisme, en convergence avec le mouvement universel contre la mondialisation libérale qui s'est exprimé à Seattle, Bangkok, Genève et Prague, à la marche mondiale de femmes.."[14]

 


 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

L’autre sommet de Marseille a adopté un Manifeste pour un autre partenariat euro-méditerranéen

 

Marseille, le 17 novembre – Alors que la quatrième conférence ministérielle euro-méditerranéene vient de s’achever à Marseille, nous interpellons les ministres des affaires étrangères* pour leur rappeler qu'un “ Autre sommet ” s'est déroulé dans la ville le 9 novembre, à l’initiative d’Attac, de Méditerranée solidaire(s) et d’une vingtaine d’organisations de pays méditerranéens.

En présence de 300 participants venus de tout le pourtour méditerranéen (représentants d'associations, élus du peuple et simples citoyens), “ L'Autre sommet ” s'est appliqué à démontrer que le processus engagé à Barcelone en 1995 n'offre aucune perspective satisfaisante en terme de développement durable et de progrès social, tant pour les populations des rives Sud et Est de la Méditerranée, que pour les populations européennes du nord.

La généralisation du libre-échange ne peut pas être une solution satisfaisante entre des pays aux niveaux de développement par trop différents comme c’est le cas entre l’Europe et les pays tiers méditerranéens.

L’Union européenne, et chaque pays européen en particulier, portent une responsabilité historique dans la situation présente. Des mesures radicales et rapides peuvent et doivent être prises comme l’annulation de la dette publique des pays du Sud, unilatérale, totale et inconditionnelle, la rétrocession des biens détournés par les dirigeants en place et entreposés dans les banques et paradis fiscaux européens, le respect de l’engagement pris par les pays industrialisés de consacrer 0,7 % de leur Produit intérieur brut à l’aide au développement, la mise en place de réels transferts de compétences et de technologies, et la libre circulation des personnes.

Pour nous, il ne peut être question d’une paix régionale et de la proclamation du Droit des peuples à vivre libres alors que le fait colonial israélien se poursuit et que peuple palestinien se voit dénier le droit de constituer un Etat indépendant, que ses enfants sont massacrés en toute impunité et qu’une partie de sa population est contrainte à un exil sans fin.

En convergence avec le mouvement universel contre la mondialisation libérale, qui s’est exprimé à Seattle, Bangkok, Genève, Prague et à la Marche Mondiale des femmes, “ L’autre sommet ” de Marseille 2000, est une première étape dans la mise en commun des efforts de réflexion et d’organisation de la riposte en Méditerranée.

Samedi 11 novembre, “ L’Autre sommet ” s’est conclu par une manifestation réunissant 3 000 personnes dans les rues de Marseille ; elles ont exigé un autre partenariat, pour imposer de nouveaux droits, démocratiques, économiques et sociaux pour les peuples de la Méditerranée.

Mardi 14 novembre, le Parlement européen a été interpellé à Strasbourg par les députés Yasmine Boudjenah et Roseline Vachetta qui ont rappelé les exigences de “ L’Autre sommet ”.

Mercredi 15 novembre, en bouchant symboliquement l'entrée du port de Marseille avec une sardine de cinq mètres de long, Attac entendait rappeler que les populations méditerranéennes du sud comme du nord pourraient bien introduire un petit grain de sable dans le partenariat actuel, pour stopper le processus de libéralisation dans le bassin méditerranéen, et revendiquer un autre partenariat basé sur de véritables coopérations et non sur la concurrence sauvage.

* Une demande d’entrevue a été déposée auprès de M. Védrine, Ministre français des Affaires étrangères, sans réponse à ce jour.

 

 

Jean Paul Garagnon                                             Marcel Siguret

Groupe Méditerranée d'Attac France                          Méditerranée solidaire(s)

 

 

 

Pièces jointes :

Manifeste final de “ L’Autre sommet ” de Marseille

Interventions au Parlement européen de Mesdames Yasmine Boudjenah et Roseline Vachetta

 

Contacts presse :

Jean-Paul GARAGNON          Tél. 06 08 67 08 82 -              secretariat.euromed@attac.org

Marcel SIGURET                     Tél. 04 95 09 37 98 -              mediterraneesolidaire@wanadoo.fr


 

 

Manifeste final de “ L’autre sommet ”

 

Marseille, le 9 novembre 2000

 

La mondialisation dite libérale et en fait étroitement capitaliste étend sa domination à la planète toute entière. Les processus qu’elle met en œuvre accélèrent la marchandisation du monde au profit d’une minorité d’acteurs (groupes industriels et financiers mondiaux) et confisquent la citoyenneté et la souveraineté des peuples et des Etats. Ils aggravent l’insécurité économique et les inégalités sociales au Nord et au Sud et creusent davantage le fossé qui sépare les pays riches des pays pauvres. Ceux-là, sont tout particulièrement soumis au régime dévastateur des politiques d’ajustement structurel qui empêchent leur développement en les fragilisant davantage et en aggravant leur dépendance aux pôles économiques dominants du Nord.

 

A l’échelle de la Méditerranée, le Processus de Barcelone, à l’œuvre depuis 1995, vise la constitution d’un espace politique , stratégique, économique et culturel. Ce partenariat euro-méditerranéen est avant tout une étape de cette mondialisation libérale, de la guerre du libéralisme économique contre les droits des citoyens et des peuples. La politique euro-méditerranéenne actuelle ne correspond pas aux aspirations et à la volonté des peuples. Pourtant, une dynamique régionale est bien à créer, pour répondre aux besoins immenses et urgents auxquels sont confrontés les peuples, particulièrement au Sud. La construction de coopérations, avec le développement social pour objectif, est urgente en Méditerranée.

 

En convergence avec le mouvement universel contre la mondialisation libérale, qui s’est exprimé à Seattle, Bangkok, Genève, Prague et à la Marche Mondiale des femmes, “ L’autre sommet ” de Marseille 2000, est une première étape dans la mise en commun des efforts de réflexion et d’organisation de la riposte en Méditerranée. Cependant, cette dernière n’est en rien un espace exclusif. Les associations et organisations qui font converger leurs efforts dans le cadre de “ L’autre sommet ” mènent en parallèle la lutte contre le libéralisme en Europe, dans la région arabe, ou ailleurs.

 

Un constat d'échec économique et social

Le partenariat euro-méditerranéen, tel qu’il s’organise, vise à créer, dans une situation de dépendance renforcée, une zone de libre échange entre les économies des rives sud et est de la Méditerranée et à celle de l’Union Européenne, avant 2010. Dans cette stratégie, l’Europe pèse de tout son poids d’entité unifiée face à des pays dont elle ne veut pas reconnaître les intérêts communs qu’il s’agisse du Monde Arabe ou des Balkans. Loin d’offrir des perspectives de développement aux politiques post-indépendances, globalement en échec, il déstabilise et déstructure en profondeur les systèmes économiques et sociaux fragilisés, qui supportent déjà le poids de la dette extérieure, la chute des prix des matières premières, la logique des Plans d’Ajustement Structurels imposés par le FMI et la Banque Mondiale. La solution miracle proposée au pays du Sud pour atteindre enfin la “ prospérité ” est aussi à l’œuvre en Europe ; c’est la libéralisation à outrance de leurs économies et le libre-échange généralisé, conformément aux règles de l’OMC : désengagement de l’Etat et privatisation des entreprises et des services publics, encouragements multiformes au secteur privé, notamment par la pression sur le coût et les conditions de travail, réorientation de la production des biens et des services en fonction d’une insertion, en position subordonnée, dans le marché mondial, priorité à l’investissement étranger et liberté totale de circulation des marchandises et des capitaux. Tous les obstacles à la libre circulation des capitaux et à l’investissement étranger - y compris l’instabilité politique et sociale - sont sensés être supprimés. Les pays du Sud sont progressivement remodelés en espaces économiques ouverts et sans protection douanière face aux pays de l’Union Européenne. Ceux-là sont tout particulièrement soumis au régime dévastateur des PAS qui, avec la complicité de gouvernants locaux ne disposant souvent d’aucune légitimité populaire, empêchent leur développement en les fragilisant davantage.

 

Loin de favoriser un développement autonome et respectueux de l’environnement et des hommes, la logique des accords ne peut qu’aboutir à renforcer le fossé existant entre les pays du Nord, disposant d’une industrie puissante et compétitive, et les Etats du Sud, victimes de décennies de spoliations et de rapports inégaux. Sans protection, une grande partie du tissu industriel de ces Etats est directement menacée de liquidation. Les rares secteurs où plusieurs d’entre eux sont compétitifs restent exclus des dits accords.

 

La restructuration libérale des pays du Sud implique une austérité aggravée, la baisse des salaires, à tous les niveaux de qualification, notamment pour la main d’œuvre la moins qualifiée, une augmentation de la pression fiscale, le développement du chômage et de l’emploi précaire ainsi que la dégradation des conditions de travail. Les progrès en termes de généralisation de l’enseignement et de lutte contre l’analphabétisme, d’investissement dans la recherche, d’extension des services de santé et de résorption de l’habitat précaire et insalubre sont remis en cause.

 

Pour les salariés européens, ce partenariat conforte la puissance des entreprises transnationales qui les mettent en concurrence avec les travailleurs des pays du Sud. Les disparités sociales entre l’Europe et les pays du Sud sont ainsi utilisées pour comprimer les droits sociaux des travailleurs des deux rives, battre en brèche les libertés syndicales et au delà, l’ensemble des attributs de la citoyenneté. Les femmes et les enfants sont les premières victimes de cette politique.

 

Un constat d'échec politique et démocratique

L’espace euro-méditerranéen, nous répète-t-on, sera un espace de respect des droits humains et de la démocratie. Mais quel crédit accorder à ces Etats européens, qui, cinq années après la signature de la déclaration de Barcelone, continuent de soutenir les régimes les plus autoritaires et les plus répressifs de la région ? Quel crédit peut-on donner à la volonté affirmée de défendre les droits de la personne humaine alors qu’un de ses droits élémentaires, le droit de circulation, est bafoué en permanence par la forteresse de Schengen ? La libre circulation n’est prévue que pour les marchandises et les capitaux, pas pour les femmes et les hommes !

 

Il ne peut être question d’une paix régionale et de la proclamation du Droit des peuples à vivre libres alors que le fait colonial israélien se poursuit et que peuple palestinien se voit dénier le droit de constituer un Etat indépendant, que ses enfants sont massacrés en toute impunité et qu’une partie de sa population est contrainte à un exil sans fin. D’autres peuples de la région (peuples kurdes et sahraouis) connaissent des situations similaires.

 

La démocratie n’est qu’un vain mot lorsqu’elle ne signifie pas la souveraineté populaire. Or celle-ci est constamment remise en cause tant par le fonctionnement des institutions européennes que dans les Etats du Sud. Personne n’a demandé leur avis aux populations concernées par le projet euro-méditerranéen, qui, quel que soit l’angle sous lequel on l’aborde, apparaît comme un rapport d’allégeance des pays du Sud à l’Europe.

 

Ce que nous voulons

A cette Méditerranée basée sur l’inégalité, l’injustice et le non-droit, nous opposons une autre Méditerranée ; une Méditerranée citoyenne, démocratique, sociale, solidaire et respectueuse de l’environnement. Le projet méditerranéen doit être basé sur une véritable logique de coopération qui soit profitable à tous les peuples de la région. Il s’agit de combler le fossé entre les deux rives au besoin par des mesures inégales en faveur des peuples du Sud qui permettent à terme d’harmoniser vers le haut les conditions de vie et de travail de l’ensemble des peuples méditerranéens. La Méditerranée que nous voulons, sera construite pour répondre aux besoins sociaux, politiques, éducatifs et culturels des peuples et non pas à des contraintes prétendument fatales du marché.

 

Au Sud comme au Nord, des atouts existent pour échapper aux maux que sont misère, chômage massif, analphabétisme, violences, conflits, intégrismes, concurrence, délocalisations, exclusion, racisme et inégalités. Des citoyens, des ONG, des associations et des syndicats de tous pays, seuls ou en réseaux, s’engagent pour résister, faire vivre la solidarité, les cultures, concrétiser de multiples projets locaux.

Le modèle de développement agricole des pays du Nord est un modèle d’agriculture industrielle qui détruit les paysanneries. Il ne peut s’imposer aux pays méditerranéens. Bien au contraire, l’objet des coopérations sur l’espace méditerranéen est de sauver les agricultures paysannes des différents pays dans l’objectif d’une agriculture peuplante, respectueuse de l’environnement et productrice de biens alimentaires adoptés à leurs besoins, respectueuse de leurs valeurs culturelles. Des critères nouveaux de distribution des aides publiques doivent permettre d’atteindre cela.

 

Nous voulons une Méditerranée libérée du chômage et de la précarité, garantissant un droit fondamental à l’accès à l’alimentation pour tous, une protection sociale véritable à tous ses habitants, un salaire et un logement décents, une couverture sanitaire gratuite incluant les traitements les plus modernes, comme la trithérapie, qui n’a pas droit de cité dans les pays du Sud, et un accès libre et égal à l’éducation. De manière prioritaire, il faut assurer la défense du service public, l’accès à la terre, et faire cesser la privatisation des transports, des communications, de l’électricité, du gaz, de l’eau, de l’éducation, de la santé, de la recherche et de la sécurité sociale. Les participants de “ L’autre sommet ” exigent l’exclusion des services, de l’investissement, de l’environnement, de l’eau et de l’énergie, des négociations commerciales de l’OMC et de l’AGCS. C’est dans le cadre de véritables services publics oeuvrant dans une éthique commune que peut se mettre en place une véritable coopération et non dans les investissements à buts lucratifs réalisés par les nouvelles entreprises issues de la privatisation des services en Europe.

 

De même, il faut lever les entraves à la libre circulation des personnes, régulariser la situation de tous les sans-papiers grâce à l’obtention d’une carte de séjour de 10 ans pour tous les Sans Papiers et étendre la citoyenneté nationale par le droit de vote aux résidents étrangers en Europe.

La construction de l’espace méditerranéen doit prendre en considération le principe d’égalité entre les femmes et les hommes comme facteur de progrès, de développement durable et de justice sociale. La Convention de Copenhague pour l’élimination des discriminations à l’égard des femmes (CEDAW) doit être signée, ratifiée et mise en œuvre sans réserve par les Etats de Méditerranée.

 

Enfin nous demandons l’application stricte des conventions internationales sur les droits des enfants.

 

Ces exigences imposent un véritable financement du social à l’échelle méditerranéenne. Des ressources importantes peuvent être dégagées par l’Europe, notamment si elle prenait l’initiative pour une taxation des transactions financières (type taxe Tobin) et d’annuler la dette des pays du Sud et de l’Est méditerranéen. D’ores et déjà les pays européens devraient mettre en œuvre leurs engagements de consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide publique au développement.

 

L’Europe doit reconnaître les entités présentes autour de la Méditerranée, en particulier les peuples arabes, et traiter avec eux sur un pied d’égalité. Les peuples doivent pouvoir disposer d’eux-mêmes et choisir leur avenir. Ils doivent pouvoir décider démocratiquement du type de relations qu’ils veulent développer avec les autres peuples de la région méditerranéenne. Les questions des droits humains, tels que l’abolition de la peine de mort, de la démocratie et de la souveraineté populaire ne sont pas des questions annexes mais sont fondatrices du partenariat que nous voulons. De même, ces mécanismes doivent être démocratiques et permettre un contrôle citoyen depuis l’élaboration des projets jusqu'à leur mise en œuvre.

 

Enfin, la construction de la paix en Méditerranée exige comme mesures immédiates la dénucléarisation de la zone, le démantèlement de toutes les bases militaires américaines et de l’OTAN dans la région et la levée immédiate des embargos qui frappent les peuples libyen, irakien et soudanais. L’ONU ne peut assumer sa fonction originelle tant qu’elle n’est pas indépendante et libérée de l’hégémonie américaine.

 

Nous mettons en place un collectif de résistance

La réalisation de ces mesures comme la définition et la mise en œuvre d’une alternative plus large suppose une dynamique sociale, solidaire et respectueuse du pluralisme culturel et de l’environnement s’appuyant sur les forces démocratiques et populaires. Les organisations partie prenantes de “ L’autre sommet ”, associations, syndicats, partis, ONG, ont pour ambition de développer leur action de manière coordonnée par la mise en place d’un réseau à l’échelle régionale. Il va poursuivre et élargir ce premier mouvement de résistance collective au processus de Barcelone pour lui donner une ampleur proportionnée à l’agression qu’il constitue et lui permettre de dépasser le strict cadre géographique dans lequel ce processus s’inscrit.

 

Notamment,

 

••  en prolongeant le travail initié à Marseille au sein de groupes thématiques qui mutualiseront leurs travaux en les publiant régulièrement ;

••  en coordonnant les actions que nous pourrons construire à l’échelle régionale ou infra-régionale en tenant compte du calendrier euro-méditerranéen et de celui des institutions internationales ;

••  en nous impliquant dans les mobilisations à venir sur des espaces délimités par d’autres réalités géostratégiques (Monde Arabe, Afrique, Europe de l’Est...) ;

••  en relayant et en rejoignant toutes les campagnes mondiales qui s’inscrivent dans le champ de nos luttes, notamment au contre sommet de Nice (6-7 décembre 2000) ;

••  en mettant en place une coopération concrète visant au renforcement ou à la construction des outils de lutte, de mobilisation - syndicaux, associatifs, politiques - nécessaires à la défense de nos objectifs.

 

Des victoires ont été remportées, d’autres sont possibles.

 

 

 

 

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Sigles et abréviations utilisés

 

AGCS                      Accord général sur le commerce des services

CEDAW                   Convention for elimination of discrimination against women

FMI                          Fonds monétaire international

OMC                        Organisation mondiale du commerce

ONG                        Organisation non gouvernementale

ONU                        Organisation des Nations-Unies

OTAN                      Organisation du traité de l'Atlantique nord

PAS                         Plan d'ajustement structurel

 


 

Motions complémentaires

 

PALESTINE

 

La violation permanente par l'état d'Israël des principes et décisions de la légalité internationale (notamment les résolutions 242, 338 et 194 des Nations Unies), la poursuite des massacres perpétrés à l'encontre des populations palestiniennes sont une entrave à tout projet de paix et de coopération dans la région.

Les états de l'Union européenne sont requis d'assumer un rôle actif et libéré de l'hégémonie américaine dans la recherche d'une paix juste. Ils doivent appliquer des sanctions économiques à l'encontre de l'état d'Israël tant qu'il refuse de se conformer à la légalité internationale et doivent immédiatement contribuer à la mise en place d'une force se protection des populations civiles palestiniennes.

Nous considérons le combat mené par la population palestinienne comme une lutte anti-coloniale de libération nationale. Il est donc juste et légitime.

Nous appelons à la constitution d'une Commission internationale d'enquête, pouvant aboutir à la mise en place d'un Tribunal pénal international afin de juger les crimes perpétrés à l'encontre des populations civiles palestiniennes.

Nous appelons à l'application à l'état d'Israël de sanctions et d'un boycott similaires à ceux appliqués en leur temps à l'état d'Apartheid en Afrique du Sud. Nous proposons la constitution d'une mission populaire d'enquête composée d'associations, d'ONG et d'élus afin de constater sur place les effets et les conséquences du conflit en Palestine.

 

 

 

KURDE

 

Nous, associations du pourtour méditerranéen réunies aux Rencontres Euro-méditerranéennes contre la mondialisation libérale, déclarons que: - Le droit du peuple kurde à son auto-détermination doit être reconnu. - La Turquie doit cesser toutes les opérations militaires et doit entamer le dialogue avec les organisation représentatives du peuple kurde afin de trouver une solution pacifique au conflit. - La nécessité de l'application immédiate d'une amnistie générale pour les prisonniers politiques en Turquie.

 

 

 

Communiqué d'Attac Maroc

 

Nous, militants d'Attac Maroc déclarons souscrire au Manifeste adopté par "L'autre sommet" le 9 novembre 2000 à Marseille, à l'exception de la prise de position concernant le Sahara.

Nous réaffirmons notre position de principe d'attachement à la légalité internationale et au processus référendaire engagé par l'ONU dans la région.

Nous continuons à être partie prenante dans toutes les actions visant à combattre l'offensive néo-libérale sauvage, et au rapprochement des peuples des deux rives de la Méditerranée.


 

 

Intervention de Yasmine Boudjenah
sur la Conférence euro-mediterranéenne de Marseille

(Strasbourg - Mardi 14 novembre 2000)

 

Monsieur le Commissaire, je partage la volonté exprimée de se fixer sans délai la relance du partenariat euro-méditerranéen. Ses initiateurs eux-mêmes le mesurent : le processus de Barcelone est en panne et il est loin d'avoir rempli toutes ses promesses. La résolution proposée est de ce point de vue  bien en-deçà de l'ambition affichée.

Les peuples du Sud sont souvent critiques et s'inquiètent de cet échec. Je partage leurs impatiences, voire leurs déceptions et leurs colères devant les lenteurs mais aussi les insuffisances et les premiers dégâts de ce partenariat. Les disparités entre les deux rives de la Méditerranée restent importantes et maintiennent les populations du Sud dans une situation économique et sociale explosive : pauvreté et chômage, notamment chez les jeunes. Le chemin vers la "zone de prospérité partagée" s'est soldé pour l'instant par des accords d'association guidés par des intérêts strictement économiques et financiers, niant les besoins des populations. Celles-ci subissent déjà le poids de la dette, la chute des prix des matières premières, les ajustements structurels imposés. La zone de libre-échange risque d'accentuer considérablement ces déséquilibres, alors que l'urgence appelle au contraire  une plus grande collaboration pour répondre aux besoins. Je pense particulièrement aux services publics : au domaine de l'eau, à l'éducation, à la santé, aux transports collectifs ou encore au logement.

Ce partenariat n'aura d'avenir que s'il est l'objet d'étroite coopération avec les représentants des citoyens concernés : associations, ONG, syndicats, l'ensemble de la société civile. Par ailleurs, le rêve de paix sur les deux rives devrait être entendu et exaucé au plus vite. L'engrenage de la violence au Proche-Orient, la guerre menée avec violence et détermination contre la population Palestinienne - à qui Israël continue de refuser son droit à un Etat - menace l'avenir de toute la région, comme  l'avenir du partenariat. Les dirigeants palestiniens le demandent expressément : l'Union européenne doit désormais s'engager sans retenue pour faire taire le bruit des balles, encourager le dialogue efficace, militer activement pour l'application des résolutions de l'ONU. La Conférence de Marseille aurait pu être utilisée dans cet esprit.

L'échec relatif de la Charte de paix et de stabilité prouve enfin que la "sécurité" de l'Europe ne peut être obtenue sur la base de la marginalisation du Sud et de la fermeture des frontières.

Le processus appelle à un partage qui soit profitable à tous au Nord comme au Sud. Pour ce faire, entendre les besoins et associer concrètement les populations du Sud est vital. Comme est nécessaire la hausse (et la transparence de l'attribution ) des crédits MEDA.

Ce partenariat devrait être un pas vers une autre conception des échanges mondiaux, basés sur un dialogue à égalité et sur des coopérations bénéfiques à tous les peuples. La volonté de résister au libéralisme bien-pensant et de construire une alternative solidaire prend de la force au Nord comme au Sud. Je l'ai vérifié à Marseille ces derniers jours où de multiples voix se sont exprimées en ce sens à l'intention de la Conférence ministérielle : pour  un allègement voire une annulation de la dette, pour substituer au libre-échange des relations de co-développement solidaire, pour la liberté de circulation entre les deux rives, pour le respect et  la promotion des droits de l'homme, pour une paix juste.

 

 


 

Intervention de Roseline Vachetta
sur la Conférence euro-mediterranéenne de Marseille

(Strasbourg - Mardi 14 novembre 2000)

 

 

Le sommet de Marseille se veut un pas de plus vers la création d'une zone de libre échange, sorte de marché unique favorisant l'adhésion à l'OMC. C'est le pilier économique qui est mis en avant, l'Union européenne cherchant ici encore, comme lors de la réunion d'ASEM III à Séoul il y a un mois, à exporter son modèle économique et des capitaux.

A Marseille également, l'autre sommet réunissait des membres d'associations, de syndicats, d'organisations politiques, de toutes les rives de la Méditerranée. Ceux là recherchaient ensemble et de manière déterminée des réponses aux besoins de la population, à savoir, comment permettre l'accès de tous à l'éducation, à la santé et à l'eau. Cela passe forcément par l'annulation de la dette.

L'Union européenne donne son avis impératif sur la façon dont les populations du Sud doivent être gouvernées. Leur a t elle demandé leurs opinions sur l'ouverture de leur économie. Vu du sud, ce processus ressemble bien à une démarche de néocolonisation économique. Bien plus grave encore, au moment où nous intervenons dans cet hémicycle, où nous échangeons sereinement nos points de vue parfois divergents, toujours plus de Palestiniens sont massacrés. L'Union européenne doit condamner fermement l'agression israélienne contre le peuple palestinien dont la revendication à vivre en paix dans leur Etat est légitime et doit donc être satisfaite.

 


 

[1] Rapport sur la participation du président du RAID, Fathi CHAMKHI aux derniers préparatifs,

et aux travaux de "L'autre sommet" du 26 oct. au 11 nov. 2000 à Marseille (France).

[2] Projet de manifeste de l'Autre sommet

[3] Idem

[4] Ce texte a été préparé pour les 'Débats citoyens pour la Méditerranée". Il a servi aussi comme base pour l'intervention lors du 3ème "Débat citoyen" du 26-10-00 à Marseille de même que la conférence donnée à Villeurbanne (Lyon) le 3 novembre 2000

[5] Selon un expert européen lors de la Conférence Euro-Méditerranéenne sur l'Investissement qui s'est tenue à Lisbonne du 28-2 au 1.3.2000

[6]  Institut National de la Statistique, «Comptes de la Nation», Tunis, 1997

[7] Nombre d'invidus dont les dépenses se situent à environ 30% au dessus du seuil de la pauvreté.

[8] L'Economiste Maghrébin n°271 du 11/10 au 25/10/2000, pp 29-30, Tunis

[9] CNUCED (Nations Unies) : "Les flux de capitaux et la croissance en Afrique", Genève, juillet 2000.

[10] Entrées nettes de capitaux moins les intérêts payés payés sur la dette extérieure et les bénéfices rapatriés

[11] Op. cit.

[12] L'investissement : un élément clé du développement en Méditerranée. La conférence Euro-Méditerranée de Lisbonne - 28.2./1.3.2000 -

[13] IXème Plan de développement. Ministère du Développement Economique. Tunisie.

[14] Projet de manifeste de l'Autre sommet